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Evrard Kouadio


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Depuis plusieurs années, forestiers et scientifiques se doutaient que la baisse de productivité forestière observée dans les pessières noires devait être due à l’accumulation de matière organique. Grâce aux chercheurs Martin Simard, Nicolas Lecomte, Yves Bergeron, Pierre Bernier et David Paré, on connaît maintenant les facteurs qui contrôlent ce processus. Les résultats des travaux de ces chercheurs de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable (Chaire AFD) seront publiés sous peu dans la revue Ecological Applications.

Les travaux d’échantillonnage ont eu cours en pessière à mousse de l’Ouest, tout juste au nord de l’Abitibi, dans une région caractérisée par une topographie relativement plane, une dominance de l’épinette noire et des dépôts fins qui lui ont valu l’appellation de « ceinture d’argile ». Les auteurs ont eu recours à plusieurs techniques dignes d’archéologues : dendrochronologie, datation au carbone 14, recherche de minuscules fragments de charbon et de macrorestes de plantes dans le sol. On a ainsi étudié 23 peuplements âgés de 50 à… 2350 ans !

Les résultats sont éloquents. La productivité des pessières diminue effectivement de 50 à 80% avec la progression du processus de paludification, particulièrement dans les premiers siècles qui suivent le feu à l’origine du peuplement. Les mécanismes menant à cette baisse de productivité sont simples mais multiples. Typiquement, suite à un feu sévère, un nouveau peuplement s’installe et un tapis de mousse se forme au sol. Avec le temps, ce tapis s’épaissit et l’accumulation de matière organique est accompagnée d’une augmentation de l’humidité du sol. Avec la mort des arbres, le peuplement s’ouvre et l’évapotranspiration est réduite ce qui favorise l’accumulation d’eau dans le sol. Les épinettes noires produisent alors des racines adventives dans la partie du tronc ensevelie sous la matière organique. Le système racinaire des arbres migre donc lentement du sol minéral vers le sol organique, beaucoup moins riche en nutriments. Cet entourbement a aussi pour effet de réduire la température du sol, ce qui ralenti d’autant le cycle de minéralisation des nutriments et par conséquent leur disponibilité. Tous ces facteurs réunis font en sorte que les ressources disponibles sont de beaucoup réduites par rapport aux conditions initiales, et la productivité est d’autant diminuée.

Un dernier facteur vient s’ajouter à la liste: la sévérité du feu de forêt à l’origine du peuplement forestier. Les feux sévères, qui brûlent la totalité de la matière organique présente, permettent au peuplement de « repartir à zéro », sur sol minéral, et donc de connaître une forte productivité initiale. Lorsque les feux sont moins sévères et que la matière organique n’est pas entièrement consumée, le processus de paludification est déjà avancé et le peuplement à venir déjà handicapé. Au premier coup d’œil, une jeune forêt initiée suite à un feu léger a la même apparence qu’une forêt vieille de 400 ans initiée par un feu sévère. Le processus de paludification a donc cours de toute façon, mais il est accéléré si la matière organique est laissée après perturbation.

Avec l’allongement des cycles de feux des derniers siècles qui s’accentuera possiblement dans les siècles à venir, on peut s’attendre à ce que ce processus de paludification soit de plus en plus présent. Qui plus est, la suppression des feux et la récolte forestière, qui font tous deux en sorte que la matière organique est laissée en place et qui réduisent par conséquent la productivité forestière à venir, accentuent le phénomène à l’échelle régionale. Maintenant qu’on connaît mieux les processus et les mécanismes qui contrôlent la productivité des pessières de cette région, le défi consistera à développer des approches sylvicoles permettant de traiter cette problématique, ce à quoi les chercheurs de la Chaire AFD travaillent actuellement.

Cet article est disponible dans l'édition du mois de septembre 2007 de Ecological Applications

Pour information:
Yves Bergeron,
Titulaire Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
445, Boul. de l’université
Rouyn-Noranda, J9X 5E4
Tél.: 819-762-0931 #2347
Télec.: 819-797-4727
Courriel:yves.bergeron@uqat.ca

Source:
Virginie-Arielle Angers, Ing.F., M.Sc.Biologie
Candidate au doctorat en biologie
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Université du Québec à Montréal

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