Le 25 Juin 2017  

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L’aménagement écosystémique, ou comment passer de l’écosystème à l’aménagement.

« Aménagement écosystémique », voilà deux mots qu’on entend de plus en plus fréquemment dans la communauté forestière! Ce concept propose qu’un aménagement qui s’inspire des perturbations naturelles constitue la meilleure garantie de conservation de l’ensemble des processus et des attributs associés aux écosystèmes forestiers. Une fois que l’on connaît les caractéristiques (variabilité en fréquence, taille et sévérité) des perturbations naturelles d’une région, on tente de s’en rapprocher lors de la planification de l’aménagement et dans les pratiques sylvicoles.

Issus des milieux académiques et des agences gouvernementales américaines, ce concept a migré en forêt où il été mis à l’épreuve dans les forêts expérimentales, notamment à la Forêt d’enseignement et de recherche du lac Duparquet. Il fait actuellement ses premiers pas en forêt publique, en collaboration avec l’industrie et de façon concrète via le Réseau d’expérimentation de coupes partielles de l’Abitibi. Comme des dizaines de publications en témoignent, les chercheurs de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable travaillent depuis plusieurs années à documenter la dynamique naturelles des forêts québécoises et à intégrer ces connaissances aux pratiques sylvicoles lors des opérations industrielles en forêt.

En mai dernier, la revue Forestry Chronicle publiait un article signé par quatre membres de la Chaire AFD, où le régime des perturbations naturelles par le feu des forêts de la ceinture d’argile de l’Abitibi et de l’ouest ontarien était comparé au régime d’aménagement forestier actuellement en vigueur. Yves Bergeron, de l’UQAT, en collaboration avec Pierre Drapeau, de l’UQAM, Sylvie Gauthier, du Service canadien des forêts et Nicolas Lecomte, de Valeur Nature, ont relevé quatre écarts majeurs entre ces deux régimes. Bien que ces différences soient considérables, les auteurs proposent des solutions d’aménagement afin de réduire ces écarts et d’en arriver à un aménagement véritablement écosystémique sur le plan opérationnel.


Paysage forestier sous aménagement écosystémique. Claude-Michel Bouchard

Maintenir des vieilles forêts

Il faut savoir qu’en forêt boréale l’aménagement forestier actuel préconise une structure d’âge équienne (où tous les arbres au sein d’un peuplement ont grosso modo le même âge) et où les rotations (la période séparant deux récoltes successives) sont fixes. Les forêts ayant dépassé l’âge de rotation désiré sont récoltées en priorité. Cette manière de faire, bien qu’elle assure un rendement constant, conduit à long terme à faire disparaître du paysage les forêts surannées et les vieilles forêts typiques des paysages naturels qui jouent un rôle clé dans le maintien de la biodiversité. Pour pallier à cette problématique, les auteurs suggèrent qu’en plus de la création d’aires protégées, il faut aussi de développer des pratiques sylvicoles permettant de maintenir ou de restaurer les caractéristiques de ces forêts. Par exemple, l’utilisation de coupes partielles ou de coupes de jardinage (des coupes ou une partie importante des arbres sont laissés sur place) permettrait d’atteindre les objectifs de développement ou de conservation de peuplements de structure irrégulière, où des arbres d’âges différents se côtoient au sein d’un même peuplement.


Coupe avec Rétention variable. Marie-Ève Sigouin

Inspirons-nous de la nature!

En comparant la taille et l’agencement spatial des perturbations naturelles et humaines les auteurs ont remarqué que celles-ci divergent énormément. Alors que les feux brûlent des superficies allant de quelques centaines d’hectares à plus de 20 000 ha et que ces feux sont dispersés aléatoirement dans le paysage, les blocs de coupe, quant à eux, sont généralement contigus et agglomérés sur le territoire. À titre de solution, il est important que les travaux ayant documenté les caractéristiques historiques de feux (taille, distribution dans le temps et dans l’espace) puissent servir de lignes directrices et être utilisés comme paramètres lors de la planification de l’aménagement.


Feux de forêt. Sylvain Lepage

Les îlots verts, refuges précieux

Dans la pratique actuelle, aucune tige marchande ne doit être laissée après la CPRS (coupe avec protection de la régénération et des sols). Il en va tout autrement lors du passage d’un feu où la mortalité varie selon la sévérité de la perturbation. Les arbres survivants, en plus de contribuer à la régénération des superficies brûlées par leurs semences, constituent des refuges fauniques et floristiques utilisés par de nombreuses espèces. En faisant varier, à l’intérieur de la fourchette de variabilité naturelle, la quantité, la taille, la forme et l’arrangement spatial des fragments de forêts vertes résiduels lors des travaux d’aménagement, on conserverait ces éléments présents naturellement dans les paysages aménagés.

Éviter les pertes de productivité

Finalement, la sévérité des perturbations influence aussi la dynamique des sols. Le plat pays de la ceinture d’argile rend les sols très susceptibles à la paludification (voir la chronique La paresse des pessières expliquée). Comme son nom l’indique, la CPRS a pour objectif de « protéger » la régénération et les sols, ce qui accentue le processus de paludification là où la matière organique abonde. Alors que cette stratégie peut s’avérer écosystémique dans d’autres systèmes, elle entraîne ici une perte de productivité. Une préparation de site agressive, simulant l’effet du passage d’un feu sévère qui consumerait toute la matière organique, suivie d’une plantation ou d’un ensemencement de forte densité ainsi qu’un aménagement favorisant le développement de peuplements mixtes constituent des avenues à envisager afin de renverser la tendance à la paludification après coupe.

Ces suggestions impliquent évidemment un changement de philosophie et une réforme de la planification forestière, notamment en ce qui concerne l’agencement spatial des coupes. Plutôt que d’être perçus comme des contraintes, ces changements devraient être vus comme des exigences à l’aménagement durable des écosystèmes forestiers. L’objectif premier de l’aménagement forestier passerait de la traditionnelle optimisation de la récolte du volume ligneux à la conservation des processus écosystémiques afin d’assurer la pérennité des forêts. Dans tous les cas, un suivi de la réponse des organismes forestiers permettrait de s’assurer de l’efficacité des pratiques et de les adapter au besoin, ce à quoi s’affairent actuellement les chercheurs Chaire dans les réseaux expérimentaux. Cependant, leurs résultats ne pourront être utiles que si la réglementation régissant la planification forestière est assouplie afin que les adaptations proposées puissent effectivement être mises en œuvre à grande échelle.

Pour information :
Yves Bergeron
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Tél. : 819-762-0971 poste 2347
Courriel : yves.bergeron@uqat.ca

Rédaction :
Virginie-Arielle Angers
Candidate au doctorat en biologie
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Université du Québec à Montréal

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