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Lors du Midi de la Foresterie du 16 octobre 2007, Victor Kafka, écologiste du feu à l’Agence Parc Canada, nous a présenté l’historique et la politique de gestion du feu dans les parcs nationaux canadiens, ainsi que le programme de brûlages dirigés mis en place par cette agence.

L’Agence Parc Canada gère 43 parc nationaux, dont 25 sont soumis à d’importants incendies de forêts, où le régime de feu (cycle, taille, intensité et sévérité) a été altéré. Le premier parc national canadien fut créé en 1885 à Banff, Alberta. A cette époque la politique de gestion du feu de l’Agence Parc Canada était la suppression du feu et cela jusqu’en 1970. Dans les années 70, le rôle écologique du feu a été reconnu : les écosystèmes sont dynamiques et les perturbations nécessaires au renouvellement de ceux-ci. Néanmoins, les enjeux pour la santé et la sécurité font que, sur le terrain, la suppression de tous les feux est encore appliquée. C’est en 1979 qu’un changement de politique s’opère et qu’un minimum d’interférence avec les processus naturels est recommandé dans les parcs nationaux canadiens. En 1980, un rapport du Service Canadien des Forêts propose l’utilisation du feu comme outil de gestion. Dès lors, des ateliers ont permis l’étude du comportement du feu et ont mené à un plan de gestion du feu adapté (Keepers of the Flame, 1989). C’est en 1991 que le financement a permis de concrétiser cette politique, notamment avec le début du programme de brûlage dirigé.

Une nouvelle stratégie nationale de gestion du feu pour les parcs canadiens a été mise en place en 2005. L’agence Parc Canada cherche désormais à maintenir et restaurer l’intégrité écologique des forêts en conservant les composantes des écosystèmes et la diversité des paysages. La stratégie est de fournir une mesure efficace de la gestion du feu en appliquant des interventions appropriées selon un zonage définissant des zones de protection intensive (suppression immédiate) et intermédiaire (contrôle et suppression indirecte), ainsi que des zones de propagation des incendies. Dans les écosystèmes soumis à un régime de feu, l’utilisation du brûlage dirigé est encouragé, afin de maintenir ou restaurer de 20 à 50% du cycle du feu historique: « ce qui est important c’est l’effet du feu et non le type d’allumage ».

Le programme de brûlage dirigé est plus développé dans l’ouest canadien comme l’illustre les exemples du parc de Banff, pionnier en la matière,que dans l’est, par exemple dans le parc de la Mauricie. Dans ce dernier, le cycle de feu historique est de 150 à 300 ans ponctué de fréquents feux de surface de faible intensité ce qui a favorisé la régénération du pin blanc (Pinus strobus). Les peuplements de pin blanc dans le parc sont passés de 10-15% d’occupation du paysage à moins de 1% à cause de la suppression des incendies nécessaires à la régénération suite à la coupe forestière et des problèmes écologiques dus à l’absence de feu. Le parc a donc mis en place un plan de restauration du pin blanc qui utilise les brûlages dirigés. Leur intensité moyenne est de 1000 à 1500 kW/h pour une surface de 20 à 50 hectares. Les effets attendus, selon la sévérité du feu, sont l’ouverture du peuplement, un meilleur lit de germination induit notamment par la réduction de la profondeur de l’humus, la libération de nutriments et le contrôle de la compétition avec le sapin baumier. Malgré des cas exceptionnels, les brûlages dirigés sont toujours maîtrisés grâce à une préparation et un encadrement très stricts : des 17 brûlages dirigés pratiqués depuis 1991, un seul fut « échappé » menant à 350 hectares brûlés. Les premiers résultats sont encourageants et l’utilisation du brûlage dirigé pour la restauration pourrait s’étendre à d’autres essences. Les brûlages dirigés pratiqués au Québec sont encore de faible complexité (petits et peu intenses) par considération pour le public, tandis que, dans les parcs de l’ouest, et notamment dans le Parc de Banff, des brûlages dirigés d’une grande complexité peuvent être réalisés.

L’Agence Parc Canada a mis en place une politique de restauration de l’intégrité écologique grâce à un plan de gestion du feu dans les écosystèmes soumis au régime du feu. C’est une gestion active et adaptative du feu tenant compte des contraintes environnementale et socioéconomiques. La gestion du feu s’appuie sur une stratégie de contrôle par zonage et sur la gestion du combustible comme l’utilisation du feu au moyen de brûlages dirigés. Grâce à la communication auprès du public, de l’industrie et des institutions, l’extension de ce type de gestion du feu à une plus grande partie du paysage canadien serait envisageable. Cependant, cela devra s’appuyer sur des recherches sur le feu toujours plus complètes.

Rédaction :
Sébastien Renard, étudiant à la maîtrise en biologie, UQAT.

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