Le 24 Août 2017  

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La diète du Woody Le Pic de notre enfance était composée de loup, de poissons rouges et d’autres plats typiquement Hollywoodiens. Devenus grands, les amateurs des aventures de Woody savent généralement que la plupart des pics se nourrissent de larves et d’insectes qu’ils trouvent dans l’écorce ou dans le bois d’arbres, morts ou vivants. Mais qu’en est-il des pics boréaux, qui vivent dans les forêts soumises à l’aménagement forestier ? Où se nourrissent-ils ? Sur quels arbres ? Les coupes affectent-elles leurs déplacements ? C’est à ces questions que Caroline Gagné, Louis Imbeau et Pierre Drapeau, tous membres de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable, ont voulu répondre.


Pic à dos rayé. Source: observatoire d'oiseaux de Tadoussac, photo de Jacques Ibarzabal

Le garde manger à l’étude ? Les lisières de blocs rémanents de coupes mosaïques de la Forêt modèle Crie de Waswanipi. Les auteurs y ont suivi 25 pics à dos rayé et ont caractérisé 145 arbres où les pics ont été observés en train de s’alimenter. À la mémoire de Woody, la notion de suivi pourrait ici être remplacée par la notion de poursuite, puisque pour documenter leurs déplacements, les pics étaient littéralement talonnés, GPS à la main, obstacles typiques des pessières inclus !


Paysage sous aménagement. Source: CTRI

Dans un premier temps, on s’est intéressé aux préférences de substrats alimentaires des pics. Les principaux constats: les gros arbres, surtout ceux récemment morts et toujours sur pied, sont privilégiés, et l’épinette noire est moins fréquemment utilisée que son abondance le suggère.

Dans un deuxième temps, on s’est intéressé au contexte dans lequel se trouvent les arbres sélectionnés par les pics, et les résultats sont étonnants. Alors que les arbres dont les caractéristiques les plus intéressantes sont localisés dans les 40 premiers mètres des lisières, on a remarqué que les pics boudent ce milieu et privilégient un environnement où les substrats de bonne qualité sont moins abondants, mais plus éloignés des coupes, soit là où la forêt est dite « d’intérieur ». Comme les conditions environnementales sont modifiées par la proximité du milieu ouvert (pénétration du vent, de la lumière, etc.), il est possible que les insectes dont se nourrissent les pics évitent également les lisières.

La solution ne réside cependant peut-être pas que dans la disponibilité des repas : on s’est aussi aperçu que les pics se déplaçaient souvent parallèlement aux lisières, même à 80 m de la bordure. L’évitement des lisières s’explique possiblement par la proximité du milieu ouvert qui constitue vraisemblablement un danger accru de prédation pour les pics. Qui plus est, les pics utiliseraient les grandes parcelles de forêts rémanentes comme corridors pour se déplacer.


Lisière en forêt boréale. Source: Louis Imbeau

Comme le pic à dos rayé semble éviter de se nourrir et de se déplacer à proximité des milieux ouverts, les patrons de coupe pourraient donc avoir un impact sur leur comportement. Un paysage caractérisé par une proportion importante d’habitat de lisière et peu de forêts d’intérieur, comme c’est le cas avec les coupes agglomérées qui ne laissent que des bandes riveraines et des séparateurs de coupes, constituerait un moins bon habitat pour l’espèce. La conservation de massifs de forêts matures et surannées permettrait de réduire la quantité de lisières et d’augmenter la quantité de forêt d’intérieur, ce qui créerait alors des habitats plus propices pour le pic à dos rayé ainsi que pour les autres espèces qui bénéficient de ce type d’habitat.

Pour informations :
Louis Imbeau
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Tél. : 819-762-0971 poste 2033
Courriel : louis.imbeau@uqat.ca

Rédaction :
Virginie-Arielle Angers
Candidate au doctorat en biologie
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Université du Québec à Montréal

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