Le 24 Août 2017  

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Bien qu’ils passent le plus clair de leur temps les pattes dans l’eau, les canards utilisent les milieux terrestres pour construire leur nid lors de la saison de reproduction. La plupart nichent au sol, soit à la bordure d’un cours d’eau, soit plus en retrait, souvent en milieu forestier. Généralement, les sites de nidification sont situés là où la végétation est suffisamment dense pour dissimuler le nid. D’autres, comme le si bien nommé canard branchu, établissent leurs quartiers en hauteur, à même des cavités d’arbres naturelles ou préalablement excavées par des pics.


Femelle colvert et ses petits. Photo : Virginie-Arielle Angers

La saison de reproduction constitue une période critique du cycle vital. Il s’agit d’un des moments où les oiseaux et leur couvée sont les plus vulnérables. Ainsi, les perturbations du milieu terrestre peuvent vraisemblablement avoir une influence directe sur la qualité des milieux de reproduction, le succès de reproduction et se refléter dans la dynamique des populations.

C’est avec cette hypothèse en tête que deux chercheurs de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable ont entrepris une étude en partenariat avec Canards Illimités Canada et le Service canadien de la faune, visant à documenter les effets locaux et à court terme de la récolte forestière sur la sauvagine et le Plongeon huard en période de nidification dans le Québec forestier. Louis-Vincent Lemelin, qui vient tout juste de terminer sa maîtrise à l’UQAT, Louis Imbeau, professeur à la même université, Marcel Darveau, professeur à l’Université Laval et chercheur chez Canards Illimités Canada et Daniel Bordage, du Service canadien de la faune, ont publié leurs résultats dans la plus récente édition du journal Avian Conservation and Ecology.

« Les résultats, du moins à première vue, sont encourageants. Seules deux espèces ont répondu significativement, et ce, avec une augmentation des populations locales suite à la coupe ! »

La base de données utilisée pour répondre à leur question est impressionnante. Les auteurs ont jumelé des données provenant de l’inventaire aérien de sauvagine du Service canadien de la faune à des données de cartes écoforestières du Québec. Le territoire ainsi couvert atteignait une superficie de 540 000 km2 à travers laquelle plus de 30 000 ha d’aires de coupes ont été considérées. Les auteurs ont utilisé les fluctuations du nombre de couples nicheurs répertoriés à moins de 2 km des aires de coupes comme indicateurs de la réponse des oiseaux aux effets à court terme de l’exploitation forestière (environ 4 ans), tout en prenant soin de corriger pour les variations interannuelles des niveaux de population. En tout, 18 espèces ont été étudiées.


Coupe traditionnelle (CPRS) en milieux humides. Photo : Louis-Vincent Lemelin


Sarcelle d’hiver. Photo : Canard Illimité Canada

Leurs résultats, du moins à première vue, sont encourageants. Seules les populations de Bernache du Canada et de Sarcelle d’hiver, deux espèces nichant au sol, ont montré une réponse significative à la modification de leur environnement, et ce, avec une augmentation des populations locales suite à la coupe ! Toutes les autres espèces, nichant au sol ou dans des cavités, ont présenté des populations locales stables. Ces résultats sont en partie étonnants puisqu’on s’attendait à ce que le prélèvement des arbres lors de la coupe diminue la disponibilité de cavités de nidification. Or, tout comme les nicheurs au sol, ce groupe semble montrer une certaine résilience face aux perturbations, du moins pour l’instant. Les paysages à l’étude recelaient surtout des peuplements de première venue et une proportion importante de superficies non perturbées à proximité des parterres de coupe. À long terme, cependant, la poursuite des activités d’aménagement forestier pourrait entraîner une situation défavorable, notamment en regard des nicheurs de cavités par la perte de ces habitats résiduels. Une piste que suivront assurément les chercheurs de la Chaire AFD et leurs partenaires !

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Pour information :
Louis Imbeau
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Tél. : 819-762-0971 poste 2033
Courriel : Louis.imbeau@uqat.ca

Louis-Vincent Lemelin
Canards Illimités Canada
Tél. 418-623-1650 poste 24
Courriel : l_lemelin@ducks.ca

Rédaction :
Virginie-Arielle Angers, ing.f. M.Sc.
Candidate au doctorat en biologie
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Université du Québec à Montréal

Selon l’article :
LEMELIN, L.-V., IMBEAU, L., DARVEAU, M. and D. BORDAGE, 2007. Local, Short-term Effects of Forest Harvesting on Breeding Waterfowl and Common Loon in Forest-Dominated Landscapes of Quebec. Avian Conservation and Ecology, 2(2):10 (http://www.ace-eco.org/vol2/iss2/art10/)

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