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On les nomme crin de cheval, barbe de Mathusalem, cheveux de sorcières. Ces appellations ludiques que portent les lichens épiphytes fruticuleux (qui pendent aux branches des arbres) cachent cependant des organismes qui peuvent en avoir long à dire. C'est ce à quoi s'est intéressée Catherine Boudreault, doctorante en science de l'environnement à l'UQAM en collaboration avec Yves Bergeron, de l'UQAT, Pierre Drapeau et Liliana Mascarúa López, de l'UQAM.


Lichen du genre Evernia. Photo : Jacques Brisson


Lichen du genre Usnea. Photo : Dr. Bruce McCune


Lichen du genre Bryoria. Photo : Dr. Bruce McCune

Cette équipe de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable a cherché à savoir comment ces organismes, mi-algues mi-champignons, répondent aux changements environnementaux induits par l'aménagement forestier. Comme le métabolisme des lichens est influencé par les conditions environnementales, notamment la disponibilité en humidité et en lumière, on s'est intéressé ici à leur état dans les bandes riveraines et les séparateurs de coupe. Ces habitats résiduels présentent une caractéristique distinctive par rapport aux peuplements non aménagés : leur linéarité. De par leur étroitesse et leur longueur, ces corridors présentent une périphérie très grande par rapport à la superficie qu'ils couvrent, autrement dit, ils forment de très grandes lisières. Après la récolte des peuplements, ces lisières sont en effet plus exposées à la lumière et au vent, qui induisent des changements microclimatiques : c'est l'effet de lisière. Mais jusqu'où se fait sentir cet effet à l'intérieur de la bande? Y-a-il des différences avec une forêt fermée ? Comment les organismes vivants perçoivent ce changement ?

Trois groupes de lichens fruticuleux typiques des forêts matures et surmatures étaient à l'étude et ce, dans l'est de l'Abitibi, près de Lebel-sur-Quévillon : les genres Bryoria et Usnea, et l'espèce Evernia mesomorpha Dans un premier temps, les auteurs ont voulu savoir si la biomasse de ces lichens était la même dans les séparateurs de coupes, les bandes riveraines, les blocs de forêt résiduelle adjacents aux coupes et la forêt d'intérieur. À cet effet, les groupes de lichens répondaient différemment : Alors qu'Usnea n'a montré aucune variation en fonction du type de forêt, Bryoria a montré une nette diminution dans les habitats corridors, tandis qu'Evernia semblait préférer les bandes riveraines. Ces résultats reflètent la tolérance de certaines espèces aux ouvertures, notamment dans les bandes riveraines qui sont naturellement exposées aux milieux ouverts que représentent les cours d'eau.


Lisière linéaire suite à une coupe de type CPRS. Photo : Daniel Lesieur

« Quand on considère la largeur des bandes qui longent les cours d'eau ou qui séparent les parterres de coupe et qu'on soustrait des deux côtés la largeur où l'effet de lisière est présent, il ne reste que très peu de conditions environnementales dites « d'intérieur » dans les habitats forestiers laissés sur place après coupe ».

Dans un deuxième temps, les auteurs ont voulu savoir s'il existait un effet de lisière perceptible chez les lichens. Des transects perpendiculaires aux coupes ont été établis dans les habitats résiduels et ont montré que la biomasse de tous les groupes de lichens était plus faible près de la lisière qu'à 30 m. à l'intérieur de la forêt.

En tenant compte de l'effet de lisière, la largeur actuelle des bandes qui longent les cours d'eau ou qui séparent les parterres de coupe ne laisse que très peu de conditions environnementales dites « d'intérieur » dans les habitats forestiers laissés sur place après coupe. Les habitats linéaires constituent l'essentiel des habitats résiduels dans les paysages aménagés. Comme il faut attendre une centaine d'années avant que le nouveau peuplement soit suffisamment âgé pour permettre l'établissement des lichens fruticuleux, il y a tout lieu de s'inquiéter.

Pourquoi ? La conservation de ces lichens pose un problème de biodiversité en soi, mais l'inquiétude est d'autant plus grande si l'on considère les liens qui unissent ces espèces à leur milieu. D'une part, de nombreuses autres espèces sont directement associées aux lichens fruticuleux, allant des invertébrés qui y logent aux caribous qui s'en nourrissent quand le couvert neigeux est trop épais pour rejoindre les lichens qui poussent au sol. Ensuite, certaines espèces de lichens, particulièrement les espèces de Bryoria qui sont typiques des forêts matures et surmatures d'intérieur, sont des espèces dites « indicatrices » : leur déclin devrait sonner l'alarme chez les aménagistes puisqu'elles indiquent que d'autres espèces nécessitant des conditions d'intérieur peuvent aussi être affectées !

Dans ce cas, seule la conservation de blocs de forêt mature résiduels permanents ou de corridors plus larges permettrait de maintenir des conditions d'habitat d'intérieur pour ces espèces. Les chercheurs de la Chaire AFD poursuivent leurs travaux pour continuer de tirer les secrets cachés dans la barbe des lichens…

Leurs résultats paraîtront sous peu dans la revue internationale Forest Ecology and Management.

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Rédaction :
Virginie-Arielle Angers, ing.f. M.Sc.
Candidate au doctorat en biologie
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Université du Québec à Montréal

Pour information :
Catherine Boudreault
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Courriel : boudreault.catherine@courrier.uqam.ca

Selon l'article :
BOUDREAULT, C., BERGERON, Y., DRAPEAU, P. et L. MASCARUA LOPEZ, 2008. Edge effects on epiphytic lichens in remnant stands of managed landscapes in the eastern forest of Canada. For.Ecol.Manag.255(5-6): 1461-1471.

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