Le 25 Juin 2017  

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Le 1er avril dernier, madame Nicole Huybens, psychosociologue et professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi, a présenté une conférence intitulée « Forêt symbole et éthique de la relation homme-nature » dans le cadre des midis de la foresterie. Dans des controverses socioenvironementales comme celle entourant la forêt boréale, les prises de décisions des différents acteurs reposent principalement sur des logiques scientifiques et économiques. Cependant, la protection de forêt est également guidée par des raisons symboliques intangibles qui varient selon les acteurs. La difficulté à mettre des mots sur des émotions et des valeurs empêche de les rendre explicite. Dans un premier temps, il faudrait, selon Madame Huybens, pouvoir distinguer chaque composante intervenant dans une prise de décision :

  • L'esthétique : le beau, le laid (émotions)
  • La science : le vrai, le faux (faits)
  • Le droit : le permis et l’interdit (lois)
  • L'éthique : le bien et le mal (valeurs)
  • La spiritualité : lien et intériorité (imaginaire, symbolique et sacré)


L'esthétisme est l’une des composantes de la relation homme-nautre. Photo : Marie-Eve Sigouin

Les discours publics sur la forêt sont un amalgame de ces différentes contributions qu’il faudrait démêler afin de mieux les relier. En prenant l’exemple des valeurs symboliques de la forêt, madame Huybens a montré la complexité de leur prise en compte dans la gestion forestière. Selon les cultures, la forêt peut en effet symboliser de très nombreuses et diverses valeurs spirituelles. Elle représente par exemple l’abondance, la vie, la pureté et l’harmonie (ordre sacré et régulation parfaite). La forêt relie l’homme à Dieu, les humains entre eux et à la nature. Dans la culture chamanique, la forêt est également la source de la connaissance. Par conséquent certaines pratiques de gestion forestière peuvent aller à l’encontre de tel ou tel symbole, rendant ainsi l’acceptation sociale d’une technique de gestion plus ou moins difficile. Par exemple, les forêts primaires symbolisent l’harmonie, et une fois coupée ces forêts disparaissent sans possibilité de retour à cette valeur symbolique. Lutter contre la coupe forestière permet ainsi de valoriser des symboles de santé, de pureté, de virginité s’opposant donc à la science et ses techniques. Le problème majeur est de rendre explicite ces valeurs afin qu’elles deviennent des objets de décisions dans un cadre de gestion. Dans ses travaux de recherche, madame Huybens propose ainsi de revisiter l’éthique et la relation homme-nature. Il existe actuellement 3 concepts à cet égard :

  1. la vision biocentrique, où l’homme est déterminé par la nature (l’homme et la nature ne font qu’un). Toute transformation de la nature est par conséquent immorale ;
  2. la vision anthropocentrique dans laquelle la nature est au service de l’homme (vision actuelle), où seul l’humain compte ;
  3. la vision écocentrique, où l’homme doit se comporter comme un élément de la nature. À titre d’exemple, dans ce concept, l’utilisation des OGM est immorale.

Madame Huybens propose de développer une nouvelle éthique : une vision multicentrique. Elle permettrait à l’homme de faire un continuum avec la nature où l’homme devra ainsi développer sa conscience, ses devoirs et ses responsabilités vis-à-vis de la nature.

Une des clés pour résoudre la controverse socioéconomique en forêt boréale serait tout d’abord de ne plus la considérer comme une lutte entre le « vrai » et le « faux ». Bien que la science guide les changements, les discours des acteurs sociaux ont une place importante aux revendications environnementales, économiques et sociales. En renouvelant l’éthique actuelle et en la rendant explicite pour « les humains d’aujourd’hui dans la nature d’aujourd’hui », cela faciliterai l’expression de ces valeurs intangibles qui nourrissent inconsciemment les divergences.

Source :
Matthieu Baret
Étudiant à la maîtrise en biologie
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable.

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