Le 25 Juin 2017  

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Le retour du printemps est souvent l’occasion de rêver aux vacances d’été et de les planifier. La diversité des activités qu’on pourra pratiquer fait partie des critères de sélection de la destination. Ainsi, une large gamme d’activités sera garante de la satisfaction de tous les membres de la famille. En plus du budget, la durée des vacances et le moyen de transport seront aussi des facteurs à considérer. Ainsi, si la destination est située à des milliers de kilomètres et qu’on prévoit s’y rendre en voiture, vaut mieux planifier de très longues vacances…

Quel rapport avec l’écologie ? Cet exemple permet d’illustrer une question à laquelle on n’avait pas encore vraiment répondu. On dit souvent qu’une grande diversité d’habitats est garante d’une grande richesse en espèces. Mais pour les organismes dont les moyens de dispersion sont limités, tout n’est pas dans la disponibilité de l’habitat, encore faut-il s’y rendre ! La durée pendant laquelle les conditions sont favorables au déplacement et à la colonisation par ces espèces, qui correspond souvent au temps écoulé entre deux perturbations, constitue donc elle aussi un facteur clé à leur présence. Alors, quel facteur est le plus important ? La diversité d’habitat ou le fait que le temps écoulé depuis la dernière perturbation ait permis la dispersion d’un grand nombre d’espèces ?

Nicole Fenton et Yves Bergeron, de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable, ont utilisé le cas des bryophytes des pessières de la ceinture d’argile, un groupe d’espèces dont les capacités de dispersion sont assez limitées, pour répondre à cette question. Leurs résultats seront incessamment publiés dans la revue internationale Biological Conservation.

Les espèces de bryophytes ont été échantillonnées le long d’une chronoséquence allant de 100 à plus de 350 ans depuis le dernier feu de forêt et ont été divisées en groupes selon leur taxonomie et leur habitat. En tout, 87 espèces ont été répertoriées. Qui a dit que les pessières étaient pauvres en biodiversité ? Les résultats démontrent que la diversité en espèces augmente avec l’âge et culmine vers 275 ans après feu, surtout grâce à l’abondance des hépatiques. Les auteurs ont aussi observé que les variables qui influencent la diversité d’espèces diffèrent entre les groupes. Ainsi, les sphaignes et les hépatiques de tourbières sont influencées par des variables d’habitat et de temps, alors que les mousses et les hépatiques forestières sont surtout fonction de l’habitat.

Hépatique
Hépatiques (Bazzania)

Sphaignes
Sphaignes

Mousses
Mousses (Ptillium)

Les Bryophytes sont de petites plantes qui regroupent les mousses, les hépatiques et les sphaignes.

L’âge des forêts n’explique donc pas tout. La présence d’habitats favorables ainsi que les évènements aléatoires, qui rendent disponibles temporairement des micro-habitats et permettent l’installation de nouvelles espèces alors que tout l’espace était occupé, semblent jouer un grand rôle dans la diversité de certaines espèces. Le fait que les habitats soient davantage en cause par rapport au temps de colonisation constitue une bonne nouvelle pour les aménagistes forestiers. En effet, bien qu’il soit possible de manipuler l’habitat, il est économiquement difficile de laisser vieillir les forêts sans les exploiter.    

Finalement, dans les écosystèmes modelés par le feu comme celui à l’étude, les îlots verts épargnés par le feu représentent probablement des refuges pour les espèces et permettent de réduire les distances de dispersion lors de la recolonisation. Pour revenir à nos vacanciers, la présence d’hôtels ou de terrain de camping le long du trajet facilitera incontestablement leurs déplacements, un peu à l’image des îlots résiduels qui seraient laissés dans les paysages aménagés !

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Pour information :
Nicole Fenton
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Courriel : nicole.fenton@uqat.ca

Rédaction :
Virginie-Arielle Angers, ing.f. M.Sc.
Candidate au doctorat en biologie
Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable
Université du Québec à Montréal

Selon l’article :
FENTON, N. et Y. BERGERON, 2008. Does time or habitat make old-growth forests species rich? Bryophyte richness in boreal Picea mariana forests. Doi:10.1016/j.biocon.2008.03.019.

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