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Le 30 mars dernier, dans le cadre des midis de la foresterie, Martin-Hugues St-Laurent, professeur en écologie animale à l’Université du Québec à Rimouski, a présenté une partie des connaissances actuelles sur le Caribou des bois à l’intérieur d’une conférence intitulée : « Caribou et aménagement forestier : implication de la recherche pour la conservation d’une espèce menacée ». Son discours très enrichissant à fait le survol des connaissances scientifiques acquises au niveau des répercutions de l’occupation du territoire sur cette espèce. La présentation a porté en majeure partie sur des résultats associés à trois différentes hardes québécoises, soit : la harde des Grands Jardins (projet de réintroduction, taux de survie et capacité de support du milieu, sélection hivernale à large échelle) de même que les hardes de la Côte-Nord et du Saguenay (dynamique des populations, prédation, sélection d’habitats, etc.). Au final, nous nous apercevons qu’au-delà des notions scientifiques de son discours, se cachaient des notions philosophiques de conservation.

Voici le résumé de sa présentation qui généralise la situation du caribou, et ce, malgré la grande plasticité comportementale et les différentes contraintes qui règnent entre chaque population. Le résumé se terminera avec quelques concepts débattus lors d’une discussion ultérieure avec les étudiants dans le cadre du cours Sujets de pointe en écologie.

« Au rythme où vont les choses, le Caribou des bois n’aura peut-être pas le temps de souffrir des réchauffements climatiques »

Depuis les années 1900, les populations de Caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) de l’écotype forestier, ne cessent de décroître et on voit la limite méridionale de leus aires de distribution retraiter vers le Nord. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène, dont entre autres la coupe forestière qui induit une perte d’habitat en forêt mature résineuse ainsi qu’une perte de la connectivité du paysage, mais aussi une nouvelle structure et composition des communautés végétales dans le paysage. Ce nouveau faciès végétal passablement rajeuni  induit une augmentation des  populations d’orignaux dans un paysage où ils n’abondaient pas auparavant, en lien avec l’augmentation des ressources alimentaires décidues. La présence accrue de ces orignaux attire quant à elle le loup gris, principal prédateur de l’orignal qui exercera une pression de prédation opportuniste sur le caribou. Avec la régénération en essences de lumière viennent aussi les arbres et arbustes fruitiers qui attireront l’ours noir, un important prédateur des faons d’ongulés. En bref, l’exploitation forestière, par son impact sur la structure et la composition forestière, favorise deux prédateurs importants du caribou par le biais d’une proie alternative, phénomène appelé compétition apparente. De ce fait, avant l’accroissement des activités anthropiques, les populations de prédateurs dépendaient de l’abondance du caribou comme proie principale, mais depuis l’augmentation notoire des densités d’orignaux, ils peuvent exprimer une réponse numérique importante et n’être régulés que par l’abondance d’orignaux et de petits fruits, ce qui induit une pression de prédation constante et élevée sur le caribou, tant les faons que les adultes. Certains pourraient prétendre que le réchauffement climatique est responsable de la migration du Caribou des bois vers le nord. Bien que cette constatation ne soit pas dénuée d’intérêt, il est plus sensé de croire que les modifications anthropiques surviennent à un rythme beaucoup plus rapide que le réchauffement climatique. Au rythme où vont les choses, le Caribou des bois n’aura peut-être pas le temps de souffrir des réchauffements climatiques.

Le loup
Le loup, prédateur naturel du Caribou

Différentes méthodes d’aménagements ont été proposées pour protéger le caribou. Par exemple, cesser la coupe en mosaïque pour la remplacer par des coupes de grandes superficies d’un seul tenant qui permettraient de laisser en échange de grands massifs boisés résiduels s’avère une stratégie actuellement prônée par l’équipe de rétablissement du caribou forestier du Québec. De cette manière, on limite la fragmentation de l’habitat, la perte de connectivité entre les massifs boisés, et on concentre les zones de régénérations qui favorisent l’orignal et ses prédateurs au même endroit dans le paysage. De plus, en diminuant le dérangement sur le territoire associé aux activités anthropiques, on diminue notre empreinte anthropique. Des coupes plus agglomérées ou moins distribuées diminuent le dérangement par les chantiers et par les routes et les caribous semblent très sensibles au dérangement. En limitant l’expansion des chemins forestiers, il serait possible de diminuer l’accessibilité au territoire pour la villégiature et le dérangement anthropique. De plus, il serait possible de réduire la pression de prédation, puisque les loups sont connus pour utiliser préférentiellement les chemins forestiers pour leurs déplacements.

Fragmentation du territoire
Fragmentation du territoire

Il est à noter que l’industrie n’est pas le seul responsable du déclin du caribou. Il s’agirait plutôt d’effets cumulés de diverses perturbations regroupant la chasse abusive (à l’époque), le braconnage, la perte et la fragmentation d’habitat préférentiel (forêt mature) de même que la villégiature. M. St-Laurent réalise en ce moment des travaux visant à déterminer les effets respectifs de la perte d’habitat, de sa fragmentation, mais aussi du dérangement. Maintenant que le niveau de connaissance augmente, il importe d’en tirer profit pour entreprendre des actions de conservation concrètes. Cependant, de telles actions impliquent des choix de société, tant sur le plan social qu’économique. Ces choix semblent simples a priori  lorsqu’ils demeurent à l’état de spéculation ou que leurs effets demeurent éloignés de nos besoins primaires. Toutefois, lorsque ces décisions impliquent des conséquences directes sur notre rythme de vie et notre quotidien, il semble en aller autrement. Par exemple, quelques-uns des meilleurs moyens de maintenir les populations de caribou forestier pourraient être de réduire la superficie forestière exploitée et de diminuer les densités d’orignaux à des niveaux précoloniaux. Cependant, l’exploitation forestière représente une industrie des plus importantes au Québec, et des orignaux, il y en a rarement trop pour la société québécoise si l’on considère l’ampleur des retombées économiques liées à l’exploitation consommatrice ou non de cette ressource faunique. Somme-nous près à sacrifier notre cheptel actuellement maintenu à un niveau artificiellement élevé?

Parler de conservation, c’est beau, c’est doux à l’oreille, mais ceci constitue malheureusement trop souvent un jeu pour les riches. Ce n’est que lorsque l’on a les moyens que l’on se permet de perdre pour la conservation. Pourquoi protéger le Caribou des bois? A-t-il un rôle écologique important, est-il nécessaire à quelque chose? Vaut-il vraiment la peine de perdre en profits pour le protéger? Il est possible d’adopter de multiples positions face à ces questions. Cependant, est-ce valable de laisser le caribou des bois s’éteindre sous peine de ne pas être en mesure de définir correctement son rôle écologique à la lumière des connaissances actuellement disponibles?

Quand on fait de la recherche en biologie, on ne guérit pas le cancer, on n’enseigne pas à lire à des enfants, mais on fait notre possible pour prévenir une dégradation majeure des écosystèmes qui nous entourent. N’oublions pas que 2010 est l’année de la biodiversité, et qu’il serait temps que les bottines puissent suivre les babines!

Télécharger le résumé

Résumé de la présentation :
Jonathan Gagnon
étudiant à la maîtrise en biologie, UQAT

La présentation PowerPoint est disponible ici

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