Le 24 Août 2017  

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Fig 1

Dans le cadre des Midis de la foresterie de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable (AFD), M. Alain Paquette, chercheur postdoctoral au CEF (Centre d’étude de la forêt - UQAM), a présenté une conférence sous le titre :  « Biodiversité et fonctionnement des écosystèmes : de la forêt aux plantations en passant par l’arbre urbain…ou sauver le monde, un arbre à la fois ? » Chercheur impliqué dans plusieurs projets tous connectés à la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes, son discours intégra plusieurs résultats, de présentations d’études en abordant certains concepts écologiques. En voici le résumé :

Depuis plusieurs décennies, nous vivons une érosion de la biodiversité. En 1982, David Tilman émet et confirme l’hypothèse que les communautés ayant une plus grande biodiversité ont une meilleure productivité. Ceci peut être expliqué par deux phénomènes : la complémentarité des niches (par partition des fonctions entre les espèces) et/ou par l’effet de sélection (plus grande probabilité de contenir une espèce possédant une fonction particulière si l’on a beaucoup d’espèces). Depuis, un intérêt croissant s’est manifesté pour évaluer le rôle de la biodiversité dans le fonctionnement des écosystèmes, notamment à des fins de conservation. Au-delà de cette problématique, deux questions se posent : 1) quelle diversité doit-on conserver ? Spécifique ? Fonctionnelle ? Phylogénétique ? 2) Et enfin, la plupart des études abordant ce sujet sont appliquées sur des systèmes expérimentaux, en est-il de même en milieux naturels ?

L’essentiel de sa présentation a porté sur les résultats récemment publiés dans Global Ecology and Biogeography de l’article de Paquette & Messier (2011), reconnu comme l’une des 10 découvertes scientifiques les plus importantes au Québec de l’année 2010 par Québec Science. C’est la première étude qui investit la relation Biodiversité et Fonctionnement des Ecosystèmes (B-EF) à grande échelle, dans un tel milieu naturel, la forêt tempérée et boréale québécoise. Ils ont tenté d’identifier quelles variables majeures, parmi un nombre impressionnant de variables climatiques, de compétition, et de biodiversités, affectent le plus la productivité de cet écosystème forestier. Plusieurs indices de diversité ont été calculés, deux sont à retenir : la richesse spécifique et la diversité fonctionnelle. Cette dernière se fonde sur l’utilisation des traits fonctionnels (par exemple, la densité du bois) des 51 espèces comptabilisées dans l’aire d’étude. Les résultats furent intéressants : Premièrement, il existe bel et bien un effet significatif de la biodiversité, avec un contrôle des conditions climatiques, sur la productivité des arbres. De tous les indices de biodiversité, l’indice fonctionnel (des traits masse de graine, hauteur maximale des arbres, densité du bois) explique le plus la variabilité de la productivité. En second, l’effet du climat et de la biodiversité est supérieur dans la forêt boréale alors que l’intensité de compétition en forêt tempérée détermine presque à elle seule la productivité. Ceci pourrait être expliqué par un gradient de fertilité où la complémentarité des niches serait plus probable dans les milieux plus stressés et moins fertiles tels que la forêt boréale, alors que dans les milieux plus stables et plus productifs de la forêt tempérée, la compétition entre les espèces doit être plus importante.

Cette conclusion avance un argument intéressant par rapport aux plantations forestières, ainsi nous pouvons nous demander si les plantations mélangées (à plusieurs espèces) seraient plus performantes que les monocultures? Et quels mécanismes sont à l’origine d’un tel résultat ? Ces questions font l’objet du projet de recherche IDENT (International Diversity Experiment Network with Trees) qui vise à identifier selon un gradient à la fois de richesse spécifique et fonctionnel, la meilleure croissance possible de plantations d’arbres, et si celle-ci est due à un phénomène de coévolution ou de traits fonctionnels complémentaires.

Cependant, les plantations forestières ne sont pas totalement perçues d’un œil positif par la société. En effet, alors que nous « sauvons le monde » en plantant un arbre symbolique ; les plantations intensives à haute productivité, généralement monospécifiques, sont critiquées. Les plantations intensives à haute productivité ont tout de même le potentiel de remplacer certains biens des forêts naturelles et permettent de réduire les pressions sur les vieilles forêts naturelles. Par exemple, les plantations constituent aujourd’hui 15% de la production de bois mondiale alors qu’elles constituent seulement 5 % des paysages forestiers. L’acceptabilité sociale de ces plantations serait certainement meilleure si elles étaient intégrées dans un plus large contexte d’aménagement d’utilisation des terres. C’est le cas de l’initiative TRIADE en Haute-Mauricie (Québec), qui propose un zonage fonctionnel du territoire aménagé en trois zones. Ces trois zones ont différents objectifs : conservation (12%), aménagement écosystémique (68%), aménagement intensif (20%- production de bois avec plantations). Ce projet permet entre autre aussi de tester différents designs de plantations afin de trouver lequel offre le plus de services. Par exemple, il est raisonnable de penser qu’une plantation mélangée serait plus résiliente face à certaines perturbations et aux changements climatiques.

Au final, il est nécessaire d’identifier les autres services que la biodiversité nous procure et de quantifier leur valeur. En effet, tant qu’une plantation monospécifique sera plus productive qu’une forêt naturelle (Figure 1), les arguments en faveur de conservation des forêts, ou même de plantations mélangées dans un monde contrôlé par une économie basée sur le pétrole, ne seront malheureusement pas pris au sérieux.

Fig 1
Figure 1: Schéma représentant l'intensité d'aménagement en fonction de la productivité

Paquette, A., C. Messier. 2011. The effect of biodiversity on tree productivity: from temperate to boreal forests. Global Ecology & Biogeography 20:170-180. Parmi les 10 découvertes de 2010 du magazine Québec Science

Télécharger le résumé

Résumé de la présentation:
France Oris, doctorante en sciences de l’environnement, UQAT

La présentation PowerPoint est disponible ici

Rediffusion

Votre horaire ne vous permet pas d'assister à une conférence des Midis de la foresterie! Soyez sans crainte les conférences sont maintenant enregistrées. Celles-ci seront disponibles deux semaines suivant la conférence.

Voici l'adresse du site où les conférences seront hébergées : http://198.168.45.6/
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