Le 19 Août 2017  

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Biomasse ou biomascarade

Le 31 janvier, le biologiste de Greenpeace Nicolas Mainville a présenté son rapport De biomasse à… biomascarade aux Midis foresterie de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable.

Biomasse forestiere
Tiré du rapport de Greenpeace De biomasse à... biomascarade

Traditionnellement, les résidus de scieries et d’usines de pâtes et papier sont utilisés pour la production de bioénergie. Conséquence de la crise forestière et d’un perfectionnement de l’industrie, de tels résidus sont de moins en moins disponibles.

On se tourne aujourd’hui vers la forêt pour compenser et pour développer à grande échelle ce secteur. Les risques pour le climat et pour la forêt sont alors sous-estimés et les dangers de dérapage sont omniprésents, selon M. Mainville. De plus, les projets pour la production d’électricité et de biocarburants se multiplient malgré la faible efficacité. L’exploitation de la biomasse forestière devient alors ce qu’il appelle une biomascarade.

Le concept de déchet forestier : la base de la mascarade

La biomasse forestière est fréquemment désignée comme des déchets ou des rejets des coupes forestières. Si les branches et les cimes des arbres sont effectivement le résultat de coupe, les considérer comme des déchets néglige leur rôle dans la forêt : recyclage des nutriments, stock de carbone et refuge pour la biodiversité, ces « déchets » rendent de fiers services écologiques. D’ailleurs, la coupe par arbres entiers, qui mène à la récolte de résidus de coupe, est dénoncée par de nombreuses études pour ses impacts sur la forêt. Ces impacts sont par ailleurs décuplés lorsque la production de bioénergie vise des sites sensibles (sols fragiles, pluies acides) ou des arbres sains ou debout.

Le mythe de la carboneutralité

La perception de carboneutralité pour la biomasse forestière vient du raisonnement suivant : le carbone émis dans l’atmosphère aurait été émis coûte que coûte par la décomposition et sera recapté par la forêt qui se régénère.

Toutefois, une tonne de carbone émise aujourd’hui est pire qu’une tonne émise sur des décennies. De plus, ce raisonnement ne tient pas compte de l’énergie nécessaire pour extraire, transformer et sécher la biomasse et des impacts sur l’érosion et les stocks de carbone du sol. Le délai avant que le carbone émis ne soit recapté peut s’étaler sur plusieurs décennies, entraînant des conséquences climatiques indésirables. Ce délai de recapture dépend notamment du type de biomasse utilisé, du type d’énergie produite ou remplacée, de l’efficacité du système de production d’énergie et de la vitesse de régénération de la forêt.

Les émissions découlant de l’utilisation de la biomasse forestière ne sont pas comptabilisées dans l’Inventaire national des émissions de gaz à effet de serre à cause de ces allégations, aujourd’hui démenties, de carboneutralité.

Émission GES
Tiré du rapport de Greenpeace De biomasse à... biomascarade

Les marchés s’ouvrent

L’utilisation et l’exportation de biomasse forestière est sur une courbe croissante. La production canadienne de granules pourrait être multipliée par dix d’ici 2020. Si certains projets locaux à petite échelle sont prometteurs pour l’utilisation de la biomasse forestière, ils sont marginalisés par les projets d’envergure.

« Les biocarburants, par leur faible efficacité, sont un gouffre injustifiable pour la forêt canadienne. »

L’utilisation de la biomasse à grande échelle pose toutefois des problèmes importants en encourageant l’utilisation d’arbres sains et la production de biocarburants. L’utilisation d’arbres sains pour la production de bioénergie augmente fortement l’empreinte climatique d’un projet puisque ces arbres auraient pu continuer à fixer du carbone. De plus, leur utilisation pour la production de produits du bois à valeur ajoutée créerait davantage d’emplois qu’en les utilisant pour la bioénergie. Quant aux biocarburants, de par leur faible efficacité, ils sont un gouffre de consommation injustifiable pour la forêt canadienne.

Un exemple de projet de grande envergure est mené par Rentech Inc., notamment pour la production de biocarburant pour les avions de ligne. Le projet vise à peu près 4% du carburant consommé annuellement à l’aéroport international Pearson de Toronto et 40 MW d’électricité en Ontario. Cette production représente au-dessus d’un million de mètres cubes d’arbres avec ou sans valeur commerciale. Pour le biologiste de Greenpeace, on augmentera la pression sur la forêt pour réaliser un projet avec une empreinte climatique inacceptable.

Un avenir pour la biomasse?

L’objectif n’est pas d’abandonner tous les projets d’exploitation de la biomasse forestière. La biomasse forestière est appropriée pour des projets locaux de petite envergure, qui viennent remplacer l’utilisation de combustibles fossiles comme le mazout.

M. Mainville propose une série de recommandations : consulter la population sur les orientations à prendre et les projets à approuver; éviter l’utilisation d’arbres debout; adapter la récolte de biomasse forestière à la sensibilité des sites; éviter l’exportation; favoriser les filières éoliennes, solaires et géothermique; et autres. L’industrie doit être balisée pour éviter les écueils  d’une exploitation à grande échelle qui aurait des effets négatifs sur l’environnement, contrairement aux promesses maintes fois entendues.

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Résumé de la présentation :
Amélie Trottier-Picard, étudiante à la maîtrise en biologie, UQAT

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