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AIPL

Le 15 octobre dernier, lors du midi de la foresterie, Monsieur Nicolas Bélanger, professeur l’UER Science et technologie de la TÉLUQ, nous a offert une conférence intitulée : « Vers une gestion plus fine des ressources souterraines dans les aires d’intensification de la production ligneuse ».

Introduction à la Loi sur l’aménagement durable des forêts
D’entrée de jeu, Monsieur Bélanger nous introduit à la nouvelle loi sur l’aménagement durable des forêts entrée en vigueur en avril 2013 et qui comporte trois volets principaux. D’une part, elle vise à prendre en compte les conditions et perturbations naturelles par le biais de l’aménagement écosystémique. Ensuite, elle vise à augmenter la superficie des aires protégées jusqu’à l’ordre de 12 %. Puis, elle vise à intensifier la production ligneuse sur les Aires d’intensification de production ligneuse (AIPL). L’objectif pour les cinq prochaines années étant de transformer 2 % du territoire en AIPL, mais à long terme, il s’agit de transformer 15 % du territoire en AIPL. Sur une base de 4m³/ha/an, cela représentera plus de 54 % de la possibilité forestière ce qui suscite l’intérêt de Monsieur Bélanger à s’y attarder un peu plus.

Qu’est-ce qu’une AIPL ?

« Certaines inquiétudes demeurent à l'égard des AIPL et il est important d'identifier des priorités de recherche »

Selon la définition retenue par la Conférence régionale des élus de l'Abitibi-Témiscamingue (CRÉ-AT), une AIPL est : « Un territoire voué à la production ligneuse, à fort potentiel, identifié et reconnu au plan d’affectation du territoire, sur lequel des pratiques sylvicoles diversifiées sont réalisées selon différents gradients d’intensité et en fonction d’objectifs précis afin d’augmenter la qualité et la quantité des produits ligneux et de procurer un retour sur l’investissement ».

Quels sont les moyens pour augmenter la production ligneuse ?
D’une part, l’utilisation d’espèces à croissance rapide, génétiquement améliorées ou hybrides, en plantation sur des sites productifs permettrait d’atteindre aisément les objectifs. Néanmoins, certaines inquiétudes demeurent à l’égard des AIPL et il est important d’identifier des priorités de recherche, dont trois nous ont été présentées par monsieur Bélanger.

Priorité 1) Établir les AIPL sur des sites capables de produire des rendements élevés.
Cela nous permettra de maximiser la production de bois ainsi que de raccourcir les révolutions. De plus, le fait de planter des arbres sur de bons sites permettra de garder un niveau de santé élevé dans la plantation et permettra aux traitements sylvicoles une meilleure efficacité, puisque les arbres devraient être plus réactifs. Néanmoins, cela implique d’être en mesure de créer des modèles de productivité qui permettent de prédire les rendements forestiers avec une précision plus importante et d’identifier les AIPL potentielles. Aussi,  dans le contexte des changements climatiques, il importe d’être capable de prédire ce à quoi ressemblera le climat au Québec dans quelques décennies afin de sélectionner des sites qui répondront mieux aux stress hydriques futurs.

Par le passé, Monsieur Bélanger a collaboré à plusieurs modèles de productivité qui s’appliquent à différentes échelles : pancanadienne, québécoise, régionale ou locale. Il nous a fait part de certains d’entre eux dont :

  • L’indice de qualité de station (IQS) du pin gris et de l’épinette noire à l’échelle du paysage québécois (Hamel et coll. 2004 – For. Ecol. Manag.)
  • La qualité des stations pour le tremble en Mauricie (Pinno et coll. 2009 – For. Ecol. Manag.) et en Saskatchewan (écozone de la transition boréale)
  • Qualité des stations pour le saule en taillis sur très courte rotation (TTCR) (Ens et coll. 2013 – New Forests) le long d’un gradient canadien.

Pour conclure ce point, Monsieur Bélanger résume qu’à l’échelle du paysage, la croissance des espèces commerciales de la forêt boréale est principalement contrôlée par les conditions « hydro » climatiques; qu’à l’échelle locale, la productivité semble très bien expliquée par les dépôts meubles et les sols. De plus, certains proxies peuvent être employés pour prédire la productivité d’un site, par exemple l’abondance des conifères. Enfin, la productivité des systèmes très intensifs comme les TTCR est de toute évidence contrôlée par les propriétés du sol, même dans des cas où l’on retrouve des conditions hydroclimatiques très changeantes.

Priorité 2) S’assurer de la disponibilité des éléments nutritifs dans les AIPL à long terme.
Plus un arbre pousse rapidement plus il « pompera » des éléments nutritifs ce qui aura pour effet d’appauvrir les sols. Après les deuxième et troisième révolutions, le rendement s’avère moins grand que pour la première révolution. Toutefois, certains arbres, tels que l’épinette noire et le pin gris sont connus pour être moins exigeants. Néanmoins, pour un même système, par exemple celui des saules, le besoin ne semble pas égal pour chaque nutriment. En effet, les plantations bioénergétiques de saules seraient plus exigeantes en azote qu’en phosphore. Toutefois, des mécanismes internes semblent venir contrebalancer l’appauvrissement résultant du « pompage » par les espèces à croissance rapide. Effectivement, dans de tels cas, le développement d’un système racinaire plus important et de champignons mycorhiziens viendraient augmenter le flux de nutriments en favorisant l’altération chimique des minéraux, par le biais d’exsudas acides. Un deuxième mécanisme pouvant expliquer l’absence de diminution des réserves en nutriments serait la présence d’une canopée plus imposante chez les arbres plus performants. Les particules atmosphériques seraient mieux filtrées par exemple chez les conifères comparativement aux feuillus puisqu’ils conservent généralement leurs aiguilles.

Priorité 3) Penser à fertiliser les AIPL de façon à maximiser la nutrition et le rendement.
Bien qu’il ne soit pas coutume de fertiliser les plantations d’arbres au Québec, le contexte actuel issu de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles parue en mars 2011 pourrait changer la donne. Cette politique a pour objectif de bannir l’enfouissement des matières organiques putrescibles d’ici 2020 et d’en recycler au moins 60 % d’ici 2015. Puisque ces matières englobent également les biosolides municipaux et papetiers, la nouvelle loi sur l’aménagement forestier offre opportunité intéressante par le biais des AIPL. En plus des biosolides, il est également possible de revaloriser les cendres de bois et la boue de chaux en milieux forestiers. Le scénario est malheureusement peu encourageant à l’heure actuelle au Québec, puisque moins de 30 % des biosolides municipaux sont revalorisés alors que les biosolides papetiers sont pratiquement inutilisés. Pourtant depuis une dizaine d’années la compagnie Domtar, située en Estrie, utilise ses biosolides papetiers et semble avoir démontré les avantages de cette approche. Plusieurs projets sont en cours afin de tester différentes combinaisons et améliorer l’efficacité de cette pratique. Par ailleurs, les résultats préliminaires concernant l’application des cendres en forêt boréale semblent démontrer un bénéfice pour la croissance du pin gris et de l’épinette blanche en plantation, mais un effet négatif pour le mélèze laricin.

Biosolide
Épandage de biosolide. Photo : Nicolas Bélanger

Conclusion
Bien que les objectifs à court et moyen termes de la mise en place des AIPL semblent ambitieux, la mise en vigueur de nouvelles lois concernant la gestion des matières résiduelles et l’aménagement forestier devraient encourager l’industrie et les chercheurs à mettre la main à la pâte afin de trouver les meilleures façons de procéder. Le potentiel est existant, ne reste qu’à trouver la volonté de faire et de s’en donner les moyens.

Télécharger le résumé

Résumé de la présentation :
Mathilde Girard-Robert, candidate à la maitrise en sciences de l'environnement

Rediffusion :
Votre horaire ne vous permet pas d'assister à une conférence des Midis de la foresterie! Soyez sans crainte la conférence est disponible via Panopto.

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