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Dans le cadre du Midi de la foresterie du 12 novembre dernier, le professeur Claude Lavoie, directeur de l’École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional de l’Université Laval, a présenté une conférence intitulée « Qui a peur des plantes envahissantes? Mythes et réalités des envahisseurs végétaux ».

Le conférencier a fait état des idées préconçues qu’évoquent les envahisseurs végétaux, de la situation réelle et a mis l’accent sur les impacts potentiels, positifs ou négatifs de ces plantes et sur les méthodes de lutte.

Les plantes envahissantes sont des espèces exotiques qui ont pu coloniser, se multiplier et gagner en importance dans des territoires à l’extérieur de leur aire de distribution naturelle. Le Québec abrite 2639 espèces vasculaires, dont 881 sont exotiques (soit 33%). La question posée ici : Est-ce que ces intruses présentent vraiment tous les effets nuisibles pour l’environnement, la biodiversité ou les territoires agricoles qu’on leur attribue? Pour y répondre, jetons un coup d’œil sur l’opinion publique, le traitement de l’information par les médias et par la suite laissons parler la science!

Le sensationnalisme l’emporte sur l’objectivité!
Basant ses propos sur le cas de la Salicaire pourpre (Lythrum salicaria), le conférencier illustre comment les médias, le public et même certains spécialistes associent aux plantes envahissantes des effets néfastes sur l’environnement. Certains médias vont même jusqu`à les traiter de « bioterroristes ». Plusieurs journaux ont adopté et ont renforcé cette idée : « les plantes envahissantes forment les hordes mongoles du monde botanique » (The Sun, 2004). Outre les médias, le gouvernement du Canada, en se basant sur un simple sondage, a rapporté que les espèces exotiques étaient la seconde cause de la perte de la biodiversité après la perte de l’habitat. Suite à la découverte en 2005 de la Salicaire pourpre en Alaska, l’assemblée législative de cet état a déposé une loi bannissant l’importation et la culture de la salicaire. Selon le projet de loi, qui n’a finalement pas été adopté, posséder des plants de salicaire aurait pu se traduire par une amende de 10,000$ et une peine d’une année de prison (Anchorage Daily News, 2006).

Et que dit la science?
Généralement, les plantes exotiques envahissantes ne sont pas forcément nuisibles. Ainsi, parmi les 881 espèces exotiques au Québec, uniquement 84 à 119 de ces dernières (soit 10 à 14%) sont nuisibles, surtout pour l’agriculture. Toutefois, leurs impacts sur la biodiversité sont très peu documentés. De plus, il n’y a aucune preuve à ce jour qu’une plante exotique ait mené à l’extinction d’une plante indigène en Amérique de Nord (Davis 2003). Par contre, ces espèces invasives, introduites volontairement ou non, présentent certainement des impacts sur l’environnement.

Ainsi, le roseau commun (Phragmites australis) est probablement la plante la plus envahissante dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Elle est présente au Québec depuis 1916 en bordure du fleuve Saint-Laurent. Suite au développement du réseau routier dans les années 60, elle a pénétré et envahi les marais et les endroits sans couvert végétal, formant ainsi des peuplements beaucoup plus denses que les plantes herbacées natives. Selon une étude menée par le groupe Phragmites (2012, Le naturaliste canadien, 136), l’impact négatif du roseau sur la richesse et la diversité végétale est réel, mais les conséquences actuelles sur la faune semblent encore mineures. Par exemple, dans les marais envahis par le roseau, la diminution de la profondeur de l’eau, due à l’accumulation de la litière de même que la régression des plantes indigènes pourraient nuire à la reproduction du grand brochet (Esox lucius), mais seulement dans certaines conditions. Pour les amphibiens, une diminution de la vitesse du développement des têtards a été observée dans le cadre d’une étude expérimentale. Cependant, aucune relation entre l’abondance du roseau et celle des amphibiens n’a été observée en milieu naturel. Et pour les oiseaux, ça reste sans impact flagrant. Par contre, le roseau représente une nuisance pour l’agriculture biologique et les infrastructures privées et publiques (les tiges ont la capacité de briser l’asphalte et les toiles de piscine).


Roseau commun : nuisance pour les riverains des infrastructures routières. Bois-des-Filion : autoroute 640

La Salicaire pourpre, une plante originaire de l’Eurasie, a été introduite au Canada vers 1834. Son existence n’a présenté aucun intérêt jusqu’en 1987 moment où Thompson et ses collègues (1987) ont constaté la transformation d’un marais au profit d’une seule espèce et au détriment des espèces naturelles. Depuis, la salicaire est devenue une des espèces invasives les plus redoutées. Entre 1988 et 2008, plusieurs travaux scientifiques ont étudié l’impact de cette espèce sur la biodiversité. Des effets négatifs ont été observés en laboratoire mais en milieu naturel, aucun effet n’a été détecté, que ce soit pour la flore ou la faune.

En résumé, ces plantes exotiques omniprésentes ont effectivement des impacts sur l’agronomie, sur la biodiversité de la flore mais ceux sur la faune reste à vérifier. Elles peuvent aussi avoir des répercussions économiques (les dommages causés sur les infrastructures privés ainsi que publiques). Des études scientifiques rigoureuses permettront de départager les mythes et idées préconçues de la réalité et justifier la mise en place de méthodes permettant de freiner leur invasion.

Méthodes de lutte…mais mieux vaut prévenir
La méthode la plus simple pour se débarrasser de plantes envahissantes est sûrement l’épandage d’herbicides. Bien que l’utilisation d’herbicides engendre une variété d’effets négatifs sur l’environnement, dans certaines situations, les inconvénients sont mineurs s’ils permettent de limiter la prolifération des espèces envahissantes et de protéger des milieux vulnérables. D’autres méthodes, tirant partie des caractéristiques écologiques des espèces, sont prometteuses. Dans les cas du roseau, plante intolérante à l’ombre, l’implantation de compétiteurs plus performants favorisant l’ombrage permet la régression du roseau. Mais la meilleure solution pour lutter contre ces invasions reste la prévention en évitant de créer des conditions qui leur sont favorables.

Références

  • Davis, M. A. (2003). 'Biotic globalization: does competition from introduced species theraten biodiversity?'. Bioscience 53:481-489.
  • Thompson, D. Q., Stuckey, R. L., Thompson, E. B. (1987). 'Spread, impact, and control of purple loose-strife (Lythrum salicaria) in North American Wetlands'. U.S. Dept. Interior Fish and Wildl. Service:55.

Télécharger le résumé

Résumé : Nahla Sellami, étudiante M.Sc. biologie, UQAT.

Rediffusion :
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