Le 19 Août 2017  

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Le 1er avril dernier, dans le cadre des midis de la foresterie, M. David Rivest, Professeur au département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais et chercheur à l’Institut des sciences de la forêt tempérée, nous a présenté une conférence intitulée « Agroforesterie : les hauts et les bas du mariage arbre-culture ».

Principes de l’agroforesterie
L’agriculture moderne a permis une amélioration de la productivité des cultures. Cependant, elle a également modifié les paysages en motivant la coupe des arbres afin d’accroître les superficies cultivées. Cette transformation a engendré différents problèmes, comme la perte de la qualité des sols et leur érosion, la pollution de l’air et des eaux de surface et souterraines, ainsi que la perte d’habitats et de biodiversité. Dans le même temps est apparue une volonté de conserver certaines forêts naturelles et de produire du bois de qualité, ainsi qu’un désir d’atténuer les effets des changements climatiques, conduisant alors à une intensification des initiatives de boisement.

Cultures intercalairesL’agroforesterie, apparue dans ce contexte, permet de mêler une production forestière de qualité, des cultures agricoles productives et de rétablir certaines fonctions écologiques dans des paysages agricoles, puisque ce concept consiste à associer des arbres, des cultures et/ou du bétail sur une même parcelle. Un exemple de système agroforestier est le système de culture intercalaire, où les arbres sont plantés en rangées largement espacées les unes des autres, permettant d’allouer des bandes intercalaires à des cultures agricoles (maïs, soya, blé, cultures fourragères ou horticoles).

Au Canada, l’étude de l’agroforesterie a débuté à l’Université de Guelph, qui a mis en place la première parcelle de recherche en agroforesterie dans l’est du Canada. La France, quant à elle, est à l’origine de plusieurs études scientifiques qui ont permis d’intégrer le concept d’agroforesterie au sein de la politique agricole commune (PAC) et la mise en place d’un programme d’aides spécifiques en faveur des exploitants agricoles. Il y a également un engouement récent pour les systèmes de culture intercalaire en Chine et en Inde. Au Québec, la recherche en agroforesterie a débuté il y a une dizaine d’années et s’est développée au fil du temps. Ces parcelles d’expérimentation permettent de comparer les performances d’un système agroforestier par rapport à un système monoculture, et d’évaluer l’impact des arbres sur la qualité des sols et la productivité. Parallèlement à ces recherches, des initiatives ont été lancées par des propriétaires et agriculteurs souhaitant se lancer dans l’agroforesterie.

Biens et services écosystémiques
Les systèmes agroforestiers, en favorisant les interactions entre les arbres et les cultures, offrent de nombreux biens et services écosystémiques. Ils permettent en premier lieu d’améliorer la qualité des sols, en favorisant la diversité microbienne qui devient plus efficace et plus résiliente face aux perturbations. Les nutriments y sont présents de façon plus importante puisque les éléments minéraux puisés en profondeur par les arbres sont redistribués lors de la décomposition de la litière. Les nutriments sont également captés de façon plus efficace par l’ensemble des composantes du système comparativement aux monocultures agricoles. En conséquence, le rendement d’un système agroforestier est généralement supérieur à celui d’un système agricole classique, bien qu’il soit impacté par la concurrence exercée par les arbres sur les cultures. Il est possible de gérer cette concurrence, entre autres, en faisant varier la densité des arbres et en sélectionnant des espèces appropriées. La croissance des arbres est favorisée en système agroforestier, puisqu’ils subissent moins de concurrence pour l’accès à la lumière et devraient être entretenus de façon à obtenir un bois d’excellente qualité.

La présence d’arbres permet également d’améliorer la qualité des eaux de surface et des nappes phréatiques puisque les fertilisants qui échappent aux cultures par lessivage sont en grande partie récupérés et utilisés par les arbres. Ces derniers régulent également les quantités d’eau dans le sol, réduisant ainsi le stress hydrique des cultures, et limitant les épisodes d’excès d’eau. Les systèmes agroforestiers ont aussi un effet positif sur le réchauffement climatique puisque les arbres permettent de stocker efficacement le carbone, avec un bilan de séquestration positif.

ConnectivitéLa présence d’arbres et de cultures au sein d’un même système offre une multitude d’habitats et favorise une biodiversité plus riche dans des paysages agricoles. Certains prédateurs s’y installent alors, contribuant à réguler la population des ravageurs des cultures et permettant de réduire l’utilisation de pesticides. La plantation d’arbres peut aussi augmenter la connectivité des îlots forestiers et favoriser les déplacements de la petite et grande faune. Ces systèmes agroforestiers offrent également au bétail un abri contre le vent et le soleil. Enfin, l’agroforesterie redessine le paysage, offrant des points de vue intéressants et brisant la monotonie des systèmes agricoles conventionnels. Selon M. Rivest, dans certaines régions comme la Gaspésie, l’ouverture des paysages forestiers par l’introduction des aménagements agroforestiers permettrait même de dynamiser le secteur touristique.

Enjeux
Malgré ses avantages, le système agroforestier peine à être adopté par les agriculteurs. En effet, sa mise en place demande un investissement important, et il n’existe pas, au Québec, de programmes d’aides spécifiques permettant de subventionner l’achat et la plantation des arbres en milieu agricole. En effet, ni les aides à l’implantation de haies brise-vent, ni celles des agences de mise en valeur de la forêt privée ne permettent de financer la mise en place d’arbres en plein champs.

Mais le coût d’établissement n’est pas le seul à freiner les agriculteurs, puisque ceux-ci remettent en question la rentabilité de ce système agroforestier et sont également sceptiques face à l’entretien que demande ce type de culture, la compétition entre les arbres et les cultures, la possible obstruction des drains par les racines, et certains règlements municipaux empêchant l’arrachage des arbres en milieu riverain. Des barrières culturelles ralentissent aussi l’adoption de ce système de culture par les agriculteurs.

Enfin, l’information concernant cette méthode de culture et la multitude de biens et services qu’elle procure est encore trop peu disponible, non seulement pour la population mais aussi pour les professionnels. Sa diffusion, et la création de formations spécifiques permettraient la reconnaissance de l’agroforesterie par les agriculteurs et par les organismes gouvernementaux.

Références :

  • Smith, J., et al. (2013). "Reconciling productivity with protection of the environment: Is temperate agroforestry the answer?" Renewable Agriculture and Food Systems 28(01): 80-92.
  • Thevathasan, N., et al. (2012). Agroforestry Research and Development in Canada: The Way Forward. Agroforestry - The Future of Global Land Use. P. K. R. Nair and D. Garrity, Springer Netherlands. 9: 247-283.

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Résumé: William Marchand, étudiant à la Maîtrise en biologie, UQAT

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