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L’UQAT a reçu ce mardi 27 janvier 2015 le Dr Alain Cuerrier, professeur associé à l’Université de Montréal et membre de l’Institut de recherche en biologie végétale. Ses principaux thèmes de recherche portent sur l’ethnobotanique et l’ethnoécologie. Ceci le conduit à développer des travaux en territoire nordique sur les plantes médicinales en collaboration avec les Cris, les Innus et les Naskapis. Le titre de sa présentation est « Ethnobotanique, diabète et nation crie, vers une éthique de la recherche »

Ethnobotanique et enjeux éthiques

Transfert de connaissances par les ainés
Jeunes hommes initiés au savoir traditionnel par une aînée. Photo: Alain Cuerrier

Les médecines traditionnelles connaissent un regain d’intérêt, notamment en ce qui concerne l’usage de principes actifs. Ceci pose des problèmes éthiques en termes de protection des savoirs traditionnels et la valorisation de ces derniers. Les médecines traditionnelles sont issues d’un savoir unique à une culture ou à un groupe, fortement ancrées à un territoire, car basées sur les observations et les interactions avec la Nature. Elles se constituent au fil du temps avec une place importante de l’oralité. Ces savoirs traditionnels reposent sur une connaissance dynamique et holistique du territoire.

Les usages des plantes dépassent largement les connaissances pharmacologiques et cliniques, car ce sont des extraits bruts qui sont utilisés. Les aînés sont les dépositaires des connaissances sur les plantes médicinales, ce qui rend ces connaissances fragiles si elles ne sont pas transmises aux jeunes générations. Les avantages de l’usage des plantes médicinales pour les populations locales sont qu’elles ont peu d’effets secondaires lorsque le dosage et la préparation sont adéquats, elles sont généralement abondantes et accessibles et plus facilement acceptées par les communautés. Il ne s’agit pas de substituer la médecine traditionnelle à la médecine conventionnelle, mais de maximiser les effets de la seconde en intégrant au traitement les médecines traditionnelles.

La recherche participative avec les communautés cries
Les communautés cries sont confrontées à une hausse importante des cas de diabète de type 2 touchant une population jeune. Pour certaines communautés, la proportion de la population atteinte atteint 27%. Le diabète cause des dysfonctionnements oculaires, cardiovasculaires, rénaux, infectieux et neurologiques. L’émergence du diabète de type 2 est concomitante avec une diminution de l’activité physique et une diminution du régime alimentaire traditionnel.

Les membres des communautés ont été intégrés au projet et leur accord était requis pour chacune des étapes de celui-ci : notamment quant aux méthodes de collecte, aux tests cliniques et de la diffusion des résultats obtenus dans le cadre de ce travail. Six communautés cries ont été impliquées dans le cadre de cette étude par le biais de réunions, d’ateliers et de 148 entrevues. Afin d’identifier les plantes les plus pertinentes utilisées en médecine traditionnelle pour le traitement du diabète, 15 symptômes ont été sélectionnés et validés par des docteurs cliniciens. L’objectif est d’établir une liste des plantes les plus efficaces en fonction de la fréquence de citation, du nombre de symptômes que la plante est capable de soulager et de l’importance donnée aux différents symptômes proposés. Pour prioriser les symptômes, un poids de 1 à 4 (de fortement corrélé à faiblement corrélé au diabète) a été attribué à chaque symptôme. Des analyses de correspondances ont été utilisées pour déterminer le degré d’association entre les plantes et les symptômes listés. Deux familles sont ressorties : les Éricacées et les Pinacées.

Après l’établissement d’une liste de 18 plantes et la préparation d’extraits, des essais in vitro ont été réalisés. Pour les extraits avec les meilleurs résultats, des tests in vivo ont été conduits. Pour la phase de tests cliniques, il y a eu des réajustements nécessaires. Les Cris se sont notamment opposés au fait de donner des placebos à des patients qui demandent l’aide aux herboristes. Afin de prendre en compte cette exigence, une étude d’observation a été conduite. Une trentaine de personnes traitées avec des plantes médicinales ont été suivies.

Les apports économiques, sociaux et éthiques

Au niveau économique, les retombées à court terme du projet sont l’emploi pour un traducteur, les dépenses liées à la présence des chercheurs dans les communautés, les compensations financières données pour les entrevues avec les aînés. Sur le long terme, si un principe actif est découvert et si un brevet est déposé, les Cris en sont propriétaires à 51% et sont les gestionnaires des retombées financières.

Les retombées ne se limitent pas aux questions économiques. Les retombées immatérielles sont nombreuses et incluent la valorisation des savoirs traditionnels. Cet aspect est central pour la question du bien-être de la communauté et du maintien de la culture crie. La réalisation d’ateliers de récolte et d’identification des plantes médicinales avec les aînés, les jeunes et les chercheurs contribue au développement de la transmission des savoirs traditionnels tout en sensibilisant les jeunes à un aspect plus scientifique (constitution d’herbiers) sans pour autant opposer les deux approches. L’accent est mis sur leur complémentarité.

Herbier
Constitution d'un herbier

Transfert de connaissances par les ainés

Outre les différentes retombées, ce projet a permis de développer une approche éthique pour la réalisation d’études participatives incluant les communautés. Les bases de la démarche pour le développement d’un partenariat sur le long terme sont la transparence, l’humilité et la patience. Traiter les personnes, la culture et les savoirs traditionnels sur un pied d’égalité avec la culture scientifique facilite le dialogue et motive la participation aux travaux des membres des communautés. L’assurance donnée de traiter les plantes avec respect, en lien avec la spiritualité des Cris, renforce la confiance entre les chercheurs et les populations. La discussion avec les communautés est réalisée de manière fréquente aussi bien pour la collecte des données que pour rendre compte de l’avancée du projet et des résultats obtenus. Les membres de la communauté ont un droit de regard et peuvent opposer leur veto à la publication, la diffusion d’une partie ou de la totalité des articles. Leur autorisation est également requise pour être mentionnée et ils ont l’opportunité d’être coauteurs pour les publications auxquelles ils ont participé.

Le processus de l’élaboration d’une charte exigeante a été un processus de longue haleine, mais est nécessaire à la transparence de la démarche. Il comble un vide juridique concernant la place et l’utilisation des savoirs traditionnels. Ce projet permet de proposer un cadre de réflexion sur l’éthique de la conduite de projet intégrant la participation des Premières Nations.

Références fournies par le conférencier

  • Cuerrier A., Downing A., Patterson E., Haddad P., (2012),"Aboriginal antidiabetic plant project with the James Bay Cree of Québec: An insightful collaboration", Journal of Enterprising Communities: People and Places in the Global Economy, Vol. 6 Iss: 3 pp. 251 – 270

  • Cuerrier A., Downing A., Johnstone J. , Hermanutz L. ,Siegwart Collier L. & ELDERS AND YOUTH, PARTICIPANTS OF NAIN AND OLD CROW (2012): Our plants, our land: bridging aboriginal generations through cross-cultural plant workshops, Polar Geography, DOI:10.1080/1088937X.2012.684156

  • Ferrier J., Šačiragić L., Chen E.C.H, Trakić S., Saleem A., Alikadić E., Cuerrier A.,. Balick M.J.T, Arnason J.T and Redžić S., (2014), Ways the Lukomir Highlanders of Bosnia and Herzegovina Treat Diabetes in A. Pieroni, C. L. Quave (eds.), Ethnobotany and Biocultural Diversities in the Balkans, DOI 10.1007/978-1-4939-1492-0_2

  • Haddad P.S.,Musallam L., Martineau L.C, Harris C., Lavoie L., Arnason J.T, Foster B., Bennett S., Johns T., Cuerrier A., Coon Come E., Coon Come R., Diamond J., Etapp L., Etapp C., George J., Husky Swallow C., Swallow J.,Jolly M., Kawapit A., Mamianskum E., Petagumskum J.,Petawabano S., Petawabano L., Weistche A.,and Badawi A., (2012), Comprehensive Evidence-Based Assessment and Prioritization of Potential AntidiabeticMedicinal Plants: A Case Study from Canadian Eastern James Bay Cree TraditionalMedicine, Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine Volume 2012, Article ID 893426, 14 pages doi:10.1155/2012/893426

  • Leduc C., Coonishish J., Haddad P., Cuerrier A., (2006) Plants used by the Cree Nation of Eeyou Istchee (Quebec, Canada) for the treatment of diabetes: A novel approach in quantitative ethnobotany, Journal of Ethnopharmacology 105 (2006) 55–63

  • Rapinski M., Liu R., Saleem A., Arnason J.T., and Cuerrier A., (2014) Environmental trends in the variation of biologically active phenolic compounds in Labrador tea, Rhododendron groenlandicum, from northern Quebec, Canada, Botany 92: 783–794 dx.doi.org/10.1139/cjb-2013-0308

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Résumé : Lise Jaton, doctorante en sciences de l'environnement, UQAT

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