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20 nov. 2018
à 9h30

soutenance thèse:
Emeline Chaste


21 nov. 2018
à 12h15

Axe écologie:
Isabelle Lavoie


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Compte-rendu de stage international ayant obtenu le support financier du CEF – Fisher across North America

Lors de ma première expérience de recherche en milieu forestier (pour un chercheur du CEF en passant), j’ai développé une fascination pour une espèce encore méconnue au Québec. Je cartographiais les arbres d’une parcelle au parc national du Bic lorsque j’ai vu LA bête. Je me suis retrouvée en plein milieu d’une partie de chasse entre un lièvre et un pékan! Ils sont passés plusieurs fois très proches de moi. L’agilité et la rapidité de ce prédateur m’ont complétement charmée. Il ne m’en fallait pas plus pour commencer une quête à la découverte de ce petit carnivore.


Observateur observé

Par mes lectures, j’ai pu apprendre les bases de son écologie grâce notamment à la bible des pékans-maniaques (Powell 1983) et les plus récentes recherches réalisées dans l’ouest de l’Amérique du Nord. Mais cette quête d’informations m’a surtout amenée à constater que les connaissances sur le pékan sont faibles au Québec et au nord-est de son aire de répartition de façon générale. Pourtant, on commençait à en entendre de plus en plus parler notamment grâce aux observations des piégeurs.
J’ai donc commencé un doctorat sur le pékan en Abitibi-Témiscamingue, sous la direction de Louis Imbeau, Hugo Asselin et Pierre Drapeau. Mon projet s’intéresse plus particulièrement aux effets cumulatifs des perturbations d’habitat et des conditions de neige sur le pékan, mais également la martre d’Amérique. Dès le début du projet, il était évident que nous devions aller à la rencontre des personnes les plus expérimentées pour développer nos connaissances sur le pékan. Après avoir bénéficié de l’expérience des piégeurs du Québec (que vous pouvez consulter ici), je me suis tournée vers des chercheurs qui travaillent sur cette espèce depuis de nombreuses années. J’ai donc décidé d’entreprendre un road trip me permettant de rejoindre une équipe de recherche en Californie, tout en arrêtant dans des hot-spots de recherche sur le pékan dans l’ouest de l’Amérique du Nord.


D’un bout à l’autre du continent on affiche nos couleurs (De gauche à droite : moi, la pékan mobile, Rich Weir et son t-shirt des Fishercats, Scott Yaeger et sa casquette du Martes Working Group)


Un black cottonwood, surnommé amicalement l’arbre à pékan.

À la fin de l’été 2017, j’ai ainsi pris la route pour une première étape en Colombie-Britannique où j’allais prendre part au Weasel fest. Cet événement annuel réunit les chercheurs de la province qui s’intéressent aux méso-carnivores (martre, pékan, carcajou, moufette, renard …). Quel rendez-vous parfait pour rencontrer et échanger avec plusieurs spécialistes réunis en forêt toute une fin de semaine! J’ai été chanceuse, les présentations de cette année étaient particulièrement axées sur le pékan. Pendant trois jours nous avons donc présenté nos travaux respectifs, discuté de techniques de suivi des populations et visité des sites d’étude. Une des visites m’a par exemple donné l’occasion de découvrir le ‘black cottonwood’ (Populus balsamifera subsp. Trichocarpa), un gros peuplier baumier de l’Ouest particulièrement utilisé par le pékan. Le pékan utilise en effet des cavités présentes naturellement dans des arbres vivants ou morts, où il peut se reposer et élever ses jeunes, tout en se protégeant des intempéries et des prédateurs. Le diamètre de ces peupliers baumiers est vraiment impressionnant quand on a l’habitude de se promener à travers les peupliers faux-trembles de l’Abitibi!


Un concentré de passionnés de mésocarnivores au Weasel Fest 2017 (de gauche à droite, en haut : Inge-Jean Hansen, Chris Stinson, Rich Weir, Scott Yaeger, Mary Hart, moi; en bas : Mark Phinney, Brian Paterson, Sean Rapai, Carita Bergman, David Breault, Eric Lofroth , Dan Guertin, Alexandre Leduc)

Avant de me rendre au lieu principal de mon stage, j’ai aussi profité du trajet pour rencontrer d’autres chercheurs en chemin. C’est extrêmement stimulant de pouvoir discuter d’aspects très spécifiques de nos recherches avec d’autres chercheurs qui travaillent sur les mêmes espèces et avec les mêmes approches que nous. J’ai ainsi pu rencontrer des chercheurs universitaires et gouvernementaux travaillant sur le pékan, mais également sur la martre d’Amérique et le carcajou (deux espèces qui, comme le pékan, appartiennent à la famille des mustélidés) en Alberta, en Colombie Britannique, dans l’État de Washington et en Oregon.


Ce mâle nous a offert toute une séance d’observation

Finalement c’est en Californie centrale, dans la Sierra Nevada, que j’avais prévu la plus longue partie de mon stage. J’ai rejoint l’équipe du ‘Pacific Southwest Region of the U.S. Forest Service’, à la station de recherche de Dinkey creek. Bien que les techniques de suivi sont relativement similaires à celles que nous utilisons, j’ai pu bénéficier de l’expérience de toute une équipe employée à l’année pour suivre la même population de pékans depuis dix ans. Rien que le fait qu’il existe une station de recherche entièrement dédiée au pékan me fait encore jubiler! Pour ceux qui ont déjà eu l’occasion de vivre dans une station de recherche (comme celle de Duparquet par exemple) ou du moins d’avoir partagé un quotidien avec son équipe de terrain, vous comprendrez que ce cadre de vie convivial favorise largement la complicité et les interactions entre biologistes. Que ce soit des anecdotes de terrain autour du feu de camp ou des réflexions panaméricaines sur la situation d’une espèce, c’est gratifiant de pouvoir combiner nos expériences respectives. Concrètement, lors de mon stage, j’ai intégré l’équipe dédiée à la capture et le suivi télémétrique de pékans équipés de colliers émetteurs.


La Dinkey crew se pratique pour les manipulations (de gauche à droite : Leah, Kathryn, Rebecca (de dos), Rachel, Brandon, Nathan (de dos), Chloe, Alex, les jambes de Logan et Emerson)


Une femelle bientôt prête à être relâchée (jetez un coup d’œil au t-shirt …)

Ce fut une belle expérience de pouvoir explorer les peuplements à la recherche des structures de repos utilisées par les pékans dans la partie sud de son aire de répartition. En Californie, les arbres les plus utilisés par le pékan sont étonnamment les quelques chênes noirs de Californie (Quercus kelloggii) perdus dans les forêts de pins. Il utilise aussi régulièrement des sapins du Colorado (Abies concolor), des pins ponderosa (Pinus ponderosa) et des cèdres blancs de Californie (Calocedrus decurrens). Tous ces arbres ont des diamètres imposants comparés à leurs espèces cousines du Québec. C’est impressionnant de constater la plasticité dont le pékan peut faire preuve en terme d’habitat utilisé à travers son aire de répartition. Contrairement au Québec, la diversité de proie pour le pékan est relativement faible en Californie (des écureuils mais pas de lièvre ni de porc-épic par exemple), tandis que la présence de prédateurs (cougar et lynx roux) y est particulièrement menaçante. De plus, la Californie est aux prises avec une sécheresse intense qui dans les dernières années a renforcé l’impact des incendies forestiers et des épidémies d’insectes. La situation du pékan y est déjà préoccupante mais les années à venir seront déterminantes quant aux répercussions de la mortalité massive des arbres des dernières années (en affectant la disponibilité de proies ou de sites de repos par exemple). Une autre menace, plus inusitée, affecte l’environnement du pékan en Californie : les sites illégaux de culture de marijuana en forêt. Les fermes illégales de marijuana utilisent en effet des rodenticides anticoagulants puissants pour empoisonner les rongeurs qui mangeraient leurs plantes et leurs systèmes d'irrigation. Ce phénomène induit un empoisonnement non-ciblé de plus en plus fréquent chez les pékans qui peuvent en mourir.


On n’est pas toujours équipé de gros matériel photographique mais voyez-vous les petites oreilles qui sortent de la cavité de ce chêne noir?

À travers ce séjour californien, j’ai aussi eu l’opportunité de suivre une équipe de Conservation canines, composée d’un chien et son « handler », pour du pistage en forêt. Les chiens sont entrainés à trouver des fèces d’espèces spécifiques, en échange de quoi ils sont récompensés en jouant à la balle. C’est une technique très prometteuse pour des études populationnelles, notamment grâce aux analyses génétiques qui sont réalisées à partir des échantillons récoltés.


Suzie et Skye de Conservation Canines en pleine découverte de fèces.

Je reviens donc de cette expérience avec une vision plus globale de l’écologie du pékan mais surtout avec un beau réseau de professionnels passionnés et collaboratifs. C’était une fabuleuse occasion de réaliser que d’un bout à l’autre du continent, nous semblons avoir les mêmes réflexions mais aussi les mêmes problèmes techniques peu importe le nombre d’années d’expérience! J’ai été agréablement surprise de la disponibilité et de l’intérêt de ces chercheurs à collaborer. La plupart d’entre eux ont été particulièrement attirés par la recherche participative telle que nous l’avons faite dans mes travaux de doctorat en impliquant les piégeurs allochtones et autochtones. Je suis heureuse de pouvoir compter sur ce réseau élargi pour mieux orienter nos recherches respectives et ainsi contribuer à faire avancer nos connaissances communes sur le pékan. Grace à ces rencontres, j’ai pu développer de nouvelles pistes de réflexion pour ma thèse, mais également des idées de futurs projets panaméricains.

A travers ce stage j’ai donc eu le privilège de pouvoir discuter de mon sujet favori avec d’autres chercheurs passionnés travaillant sur le pékan dans l’ouest de l’Amérique du Nord. Bien sûr, il reste encore beaucoup de spécialistes avec qui je serai honorée de pouvoir échanger et surtout en apprendre davantage sur cette espèce. En quatre mois je n’ai évidemment pas pu arrêter dans tous les centres de recherche s’intéressant au pékan, mais je vais continuer de suivre ma bonne étoile (How Fisher Went to the Skyland: The Origin of the Big Dipper), et j’assisterai cet été au Symposium international du groupe Martes. Cet évènement réunit des chercheurs allumés par des espèces fascinantes tous les 4 ans, et cette année c’est dans la région des grands lacs.


Un pékan à l’origine de la ‘grande ourse’ … vous ne la regarderez probablement plus de la même façon maintenant (photo prise lors du Weasel fest!).

Pour conclure, une simple observation en forêt m’a fait quitter le Bas Saint-Laurent pour étudier la proie (maitrise sur le lièvre) puis le prédateur (doctorat sur le pékan) en Abitibi-Témiscamingue. Mais avec ce stage sur mesure, j’ai finalement pu pousser quelques portes de plus qui m’ont notamment permis de nouvelles observations de pékan en milieu naturel. Voilà probablement une de mes plus belles récompenses. Il faut se l’avouer, les rares observations de carnivores sur le terrain sont probablement ma plus grande motivation à devoir rester le nez devant un ordinateur pour de longues heures de programmation et de rédaction! Je tiens donc à remercier le CEF de nous permettre de ‘mettre le nez dehors’ et de favoriser les rencontres avec d’autres chercheurs passionnés par leurs travaux (et je ne parle pas seulement de ceux qui travaillent sur le pékan cette fois!).

Je tiens finalement à remercier tous les chercheurs qui m’ont accueilli chaleureusement dans leur bureau, en m’invitant à leur réunions d’équipe ou sur le terrain, et qui ont partagé leur expérience avec moi. Dans l’ordre de mes rencontres, merci à Rich Weir, Scott Yaeger, Eric Lofroth, Gabrielle Aubertin, Frances Stewart, Jason Fisher et son équipe, Sean Matthews, David Green, Rebecca Green, Kathryn Purcell, Tessa Smith ainsi qu’à toute la Dinkey crew (Nate, Logan, Leah, Jon, Cloe, Emerson, Brandon, Suzie, Jake, Jordan, Staci et Alex).

Pauline Suffice, candidate au doctorat à l'UQAT

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