Résumé - CAFD


Coexistence et sylviculture de l'érable à sucre et du hêtre à grandes feuilles dans un contexte de changements globaux.

Philippe Nolet.

La présente étude visait à mieux comprendre la dynamique de la coexistence entre l'érable à sucre (Acer saccharum Marsh.) et le hêtre à grandes feuilles (Fagus grandifolia Ehrh.) dans un contexte de changements globaux et à évaluer des pratiques sylvicoles pouvant être adaptées à cet écosystème dans ce contexte en perpétuel changement. Dans le premier chapitre, nous nous sommes intéressés à l'effet de la fertilisation sur la croissance et la régénération de ces deux espèces dans un contexte où plusieurs auteurs émettent l'hypothèse d'une baisse de fertilité des sols – en raison des précipitations acides – qui défavoriserait l'érable aux par rapport au hêtre à grandes feuilles. Les données provenant d'un dispositif de fertilisation (chaulage) ne montrent que des effets négligeables de ce traitement sur la dynamique entre les deux essences, alors que des traitements de récolte et d'élimination des gaules de hêtre ont des effets beaucoup plus marqués. Nos résultats ne semblent pas démontrer que la richesse des sols est un facteur limitant la croissance et la régénération de l'érable à sucre dans la région à l'étude. Dans le deuxième chapitre, nous nous sommes penchés sur l'évolution comparée de la croissance de l'érable à sucre et du hêtre sur une période d'environ 60 ans par dendrochronologie. Nos résultats démontrent clairement une chute abrupte de la croissance de l'érable par rapport au hêtre à partir de 1986. Sans pouvoir l'affirmer avec certitude, nous émettons l'hypothèse que cette baisse de croissance serait due à un événement de redoux suivi d'un gel sévère en janvier 1986, puis suivi par une sécheresse en 1988. Non seulement l'érable à sucre n'a pas recouvré sa croissance 20 ans plus tard, mais il semble avoir été affecté de nouveau par un autre événement extrême. Comme les événements extrêmes sont appelés à être de plus en plus fréquents, mais qu'ils peuvent avoir des effets en apparence subtils, nous prônons le développement d'approches de modélisation novatrices qui permettront de prendre en compte les effets de tels événements. Dans le troisième chapitre, nous nous sommes intéressés à l'aménagement équienne comme outil potentiel pour l'adaptation aux changements globaux puisque ce mode d'aménagement est presqu'inutilisé dans les érablières du Québec. L'aménagement équienne présente l'avantage de favoriser une grande diversité – tant à l'échelle du peuplement que du paysage – qui est souvent vue comme un élément important de la résilience des forêts face aux changements globaux. Malgré l'absence de littérature sur le sujet, il existe une forte croyance à l'effet que l'aménagement inéquienne est préférable à l'aménagement équienne pour favoriser la résilience des forêts. Nous avons ainsi procédé à une revue de littérature recensant les articles scientifiques à travers le monde qui comparent les deux modes d'aménagement au niveau écologique. Il ressort de cette revue qu'aucune des deux approches ne semble supérieure à l'autre du point de vue écologique, chacune ayant ses avantages et inconvénients. Comme les réponses observées sur les effets de l'aménagement équienne et inéquienne sont très spécifiques aux espèces, cette revue supporte qu'une diversité d'approches sylvicoles sont nécessaires pour maintenir une diversité d'habitats. Par le fait même, notre étude ouvre la voie pour les aménagistes à l'utilisation d'un outil sylvicole supplémentaire – l'aménagement équienne, qui était quasiment proscrit dans certains types de forêts (ex. : les forêts de feuillus nobles) – pour faire face aux changements globaux. Pris dans leur ensemble, les résultats des chapitres de la thèse supportent l'utilisation mesurée de l'aménagement équienne dans les érablières pour, entre autres, favoriser l'érable à sucre aux dépens du hêtre et la résilience de cet écosystème dans son ensemble. Enfin, nous jetons les bases d'une approche permettant de doser le niveau d'interventionnisme de l'humain dans sa volonté de faciliter l'adaptation des écosystèmes forestiers aux changements globaux.