Résumé - CAFD


Mortalité induite par la coupe de jardinage en forêt feuillue du sud du Québec : peut-on mieux en comprendre les causes?

Maryse Marchand.

Au Québec, le jardinage est le système sylvicole le plus pratiqué dans les forêts à structure inéquienne. Ce type d'aménagement vise à améliorer la qualité des peuplements en prélevant périodiquement le tiers de la surface terrière. La priorité lors de la récolte est accordée aux tiges de faible vigueur, qui sont choisies individuellement ou par petits groupes. Ceci permet de créer des conditions de croissance favorables pour les arbres résiduels, en plus de réduire la mortalité naturelle après la coupe. Cependant, les opérations forestières réalisées périodiquement dans un même peuplement sont une source de préoccupation, puisque les arbres résiduels sont soumis de façon répétitive à des blessures d'exploitation. De plus, le passage de la machinerie dans les sentiers de débardage perturbe le sol et brise des racines, causant possiblement un stress hydrique chez les arbres situés près des sentiers. La première partie de cette étude avait pour but d'évaluer l'incidence de ces perturbations sur la mortalité des arbres ainsi que de repérer des facteurs prédisposants possibles pour des érablières jardinées. Des inventaires ont été réalisés dans des peuplements soumis à des coupes de jardinage à différentes années. Les analyses ont révélé que les blessures d'exploitation ainsi que des causes de mortalité inconnues étaient associées aux arbres en bordure des sentiers, représentant respectivement 21 % et 26 % de la mortalité récente observée. La taille des arbres et leur espèce ont été cernées comme facteurs prédisposants : la mortalité était supérieure dans les classes de diamètre inférieures et chez le bouleau jaune, qui a aussi été trouvé plus sensible aux blessures d'exploitation. La deuxième partie de l'étude visait à évaluer l'effet des perturbations liées à la machinerie lourde sur le bilan hydrique d'arbres résiduels. Dans une érablière soumise à une coupe de jardinage en 2006, 35 érables à sucre vivants ont été choisis de façon à former un gradient de distance au sentier de débardage. Le flux de sève de ces arbres a été mesuré à l'aide de capteurs. Une zone d'influence circulaire a été estimée autour de chacun des arbres et le pourcentage de cette zone sous un sentier a été calculé (MD). Une régression linéaire segmentée a montré une diminution du flux de sève après un seuil MD de 18,17 %. Des modèles mixtes linéaires ont révélés que bien que les perturbations n'avaient pas d'effet sur le flux de sève sous cette valeur seuil, une augmentation de 1 % de MD après le seuil entraînait une diminution de 1.8 % du flux de sève. Pour un arbre avec 40.26 % de MD, ceci représente une diminution de 39,76 %, valeur comparable à ce qui a été observé durant des périodes de sécheresse dans d'autres études. Aucune différence n'a été observée entre les arbres près de sentiers primaires et ceux près de sentiers secondaires. Ceci suggère que la majorité des dommages sont causés par le premier passage de machinerie. Ces résultats indiquent que même sous des conditions climatiques favorables, telles que celles observées durant la période d'échantillonnage, les perturbations liées à la machinerie peuvent causer un stress hydrique important chez les arbres en bordure de sentiers. Ce stress hydrique pourrait expliquer une partie des causes de mortalité inconnues observées dans la première partie de l'étude. Les perturbations liées à la récolte pourraient donc être responsables de près de 47 % de la mortalité après coupe de jardinage. De plus, la disproportion entre les classes de taille et les espèces pourraient avoir des effets négatifs à long terme sur la structure et la composition du peuplement.