Résumé - CAFD


Reconstitution des paléotempératures holocènes de la forêt boréale coniférienne de l’ouest du québec basée sur une approche multi-indicateurs.

Lisa Bajolle.

Un futur climat planétaire plus chaud avec une sècheresse plus marquée durant toute l’année est aujourd’hui prévus, en particulier pour les hautes latitudes de l’hémisphère nord. Ces changements environnementaux seraient marqués par des fréquences et des intensités plus importantes des perturbations naturelles, qui pourraient menacer l’intégrité de certains écosystèmes forestiers boréaux. L’une des conséquences prévisibles serait une augmentation significative de l’occurrence des feux de forêt qui est déjà et deviendrait davantage encore l’élément perturbateur majeur de ces écosystèmes. Le devenir des écosystèmes boréaux suscite donc de nombreuses interrogations et des incertitudes, ce qui amène à souligner la nécessité d’une bonne caractérisation des changements climatiques spatio-temporels et de leurs conséquences sur ces écosystèmes.

Afin de maintenir ces paysages forestiers dans les limites de leur variabilité naturelle, le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP) se propose, dans un contexte d’aménagement écosystémique pour un aménagement durable (ADF), d’établir un Registre des états de référence. Dans cette perspective, l’objectif de recherche de cette thèse était de produire des reconstitutions des paléotempératures holocènes les plus robustes possibles au sein de la pessière à mousses de l’ouest du Québec. La recherche a porté sur une approche multi-indicateurs incluant les Chironomidae et le pollen contenus dans les sédiments des deux lacs retenus.

Les résultats mettent en évidence la pertinence des capsules céphaliques de Chironomidae pour reconstituer à haute résolution temporelle, les paléotempératures holocènes du mois d’août provenant du Lac Aurélie à l’aide de deux Fonctions de Transfert (FT). La FT Est canadienne s’est avérée plus en accord avec le signal régional que la FT canadienne. De surcroit, les assembalges de Chironomidae du Lac Lili ont donné une reconstitution surestimée des paléotempératures en raison de la faible profondeur de ce lac. Enfin, la reconstitution quantitative combinée (chironomide et pollen) des paléotempératures du mois d’août a souligné trois périodes principales: (i) 8500-4500 ans AA, identifiée comme le Maximum Thermique de l’Holocène (HTM) durant laquelle les températures d’août sont plus chaudes que les températures actuelles; (ii) 4500-1000 ans AA, marquée par le début de la période Néoglaciaire froide, où les températures oscillent autour des valeurs actuelles et (iii) les derniers 1000 ans AA, caractérisés par une diminution générale des températures. Plusieurs événements climatiques courts ont également été identifiés pour chaque période : (i) l’évènement froid de 8200 ans AA ; (ii) l’évènement chaud de 4200 ans AA ; (iii) la période chaude dite Romaine (RWP, 1900-1700 ans AA) ; (iv) la période froide de l’Âge Sombre (DACP, 1700-1500 ans AA) ; (v) l’Anomalie Climatique Médiévale (MCA, 1100 ans AA) et (vi) le Petit Âge Glaciaire (LIA, 500-250 ans AA). Une série d’événements froids est également observée vers 5900, 4300, 2800 et 400 ans AA, se référant probablement aux évènements « Bond ». La durée et l’amplitude observées des événements climatiques rejoignent les enregistrements régionaux, nord-américains et plus largement ceux de l’Hémisphère Nord.

Par ailleurs, la synthèse soulignant les relations entre climat-végétation-feu confirme l’influence d’une instabilité climatique sur les changements des régimes des feux, principalement causée par les variations saisonnières des précipitations et de l’irrégularité des épisodes de sécheresse. Toutefois, notre reconstitution combinée des paléotempératures indique que les grands feux coïncident avec l’évènement ponctuel de 4200 ans AA et ceux survenus à partir de 2000 ans (RWP, DACP, MCA et LIA). La température estivale conjuguée à d’autres variables climatiques (sécheresse estivale, ensoleillement estival, et précipitations annuelles) joue donc un rôle important dans la variation du régime des feux à l’ouest du Québec.