Résumé - CAFD


Dynamique et sylviculture des pinèdes à pin gris de la ceinture d'argile du nord-ouest québécois.

Martin Béland.

La préoccupation des dernières années à l’égard d’un aménagement forestier adapté au site, s’inspirant de la dynamique naturelle ainsi que le manque de connaissances sur l’écologie du pin gris (Pinus banksiana) dans la ceinture d’argile du Nord-Ouest québécois et du Nord-Est ontarien ont motivé la présente étude. La thèse, rédigée par articles, porte sur la productivité des sites, la régénération préétablie, les facteurs limitant la régénération naturelle et sur les traitements sylvicoles applicables.

La croissance en hauteur du pin gris dans cette région varie selon trois classes de productivité évaluées à l’aide d’analyses de tiges : faible sur sols minces ou grossiers (12 à 13 m à 50 ans), forte sur till (17,5 à 18,5 m à 50 ans) et très forte sur argile (19 à 20 m à 50 ans). Les faibles différences entre till et argile s’expliquent par les faibles exigences écologiques du pin gris.

La régénération préétablie du pin gris se retrouve presque uniquement sous les peuplements sur sable et en quantité insuffisante pour assurer une régénération adéquate. La régénération préétablie totale (pin gris et autres espèces) ne diffère pas significativement entre les argiles et les tills. Les peuplements sur les sols minces et sur les sables ont des densités plus élevées, bien qu’insuffisantes. L’abondance de la régénération de l’épinette noire (Picea mariana) est liée positivement à la proportion de sable dans le dépôt et à un régime hydrique plus sec. L’abondance de la régénération préétablie du sapin baumier (Abies balsamea) et de l’épinette blanche (Picea glauca) est faiblement limitée par la distance d’une zone préservée du feu contenant des semenciers. Elle est aussi positivement liée à l’abondance du cerisier de Pennsylvanie (Prunus pensylvanica L.f.), laquelle est probablement associée à de petites ouvertures dans la canopée. Ces variables, bien que liées de manière significative à l’abondance de la régénération préétablie, n’ont pu donner des prédictions satisfaisantes.

L’étude d’ensemencement du pin gris montre que l’effet positif du scarifiage sur la germination est plus faible sur argile que sur till ou sur sable. Cela s’expliquerait par les températures plus fraîches à la surface du sol et par le taux d’humidité supérieur qui caractérisent les sols argileux. Après deux années de suivi, les semis de pin gris sont plus nombreux sur argile que sur sable. Cependant, la concurrence, principalement celle du tremble (Populus tremuloides), pourrait être critique pour la survie et la croissance des semis de pin gris à cause de son abondance et de sa persistance dans le temps.

Lors d’un essai de régénération naturelle du pin gris sur argile au moyen des déchets de coupe, les micro-sites scarifiés comportaient proportionnellement moins de semis que l’humus non perturbé. Ce résultat recoupe celui de l’expérience d’ensemencement, mais peut aussi s’expliquer par l’écartement des déchets de coupe lors du scarifiage. Ce mode de régénération permet d’obtenir un coefficient de distribution relativement bon et constitue une solution de rechange au reboisement du pin gris sur argile. Un regarni et un dégagement de la végétation concurrente pourraient compléter le traitement.

En annexe, un autre essai sylvicole avec le pin sylvestre (Pinus sylvestris) dans le sud de la Suède est présenté. Il a révélé qu’avec 200 semenciers à l’hectare, on peut obtenir une régénération naturelle abondante. Ce traitement sylvicole qui vise l’amélioration de la qualité du bois, serait aussi compatible avec la dynamique naturelle de l’espèce.

Les résultats de la présente thèse ont permis d’enrichir les connaissances fondamentales de la dynamique naturelle des peuplements de pin gris de la forêt boréale mixte de l’est du Canada. Ils permettent aussi de jeter les bases de stratégies sylvicoles tenant compte de cette dynamique. © 2000 UQAM tous droits réservés.