Résumé - CAFD


Dynamique des trouées dans les peuplements d'épinettes noires du Nord-Ouest Québécois.

Annick St-Denis.

Dans la région de la ceinture d’argile du nord-ouest québécois, l’absence de feu prolongée (>100 ans) favorise l’ouverture des peuplements. Après un feu sévère qui expose le sol minéral, les peuplements d’épinettes noires sont denses et équiens. Puis, les arbres matures commencent à mourir entraînant une dynamique de trouées et le bris de peuplement. Avec le temps, les forêts de la ceinture d’argile sont sujettes à la paludification caractérisée par une accumulation de la couche organique, un mauvais drainage et une invasion des sphaignes. Devenues improductives, les forêts de la ceinture d’argile s’ouvrent et adoptent une structure inéquienne.

L’objectif général consistait à étudier la transition entre peuplements denses et peuplements ouverts sous l’angle de la dynamique des trouées. Plus spécifiquement, il s’agissait :

  1. de déterminer si la proportion de forêt en trouée augmente et si les trouées s’agrandissent avec le temps;
  2. d’évaluer si la mort des arbres est reliée à des facteurs exogènes ou endogènes et si l’ouverture des forêts se produit de façon subite ou graduelle;
  3. d’établir si l’ouverture des forêts est due à un manque de régénération, à une croissance limitée de la régénération ou à ces deux contraintes. Dans le contexte de l’aménagement forestier, nous nous sommes demandés quel type de coupe serait le mieux adapté aux forêts étudiées et si la dynamique des trouées pourrait servir de base au régime sylvicole de la région.

Neuf peuplements d’épinettes noires âgés entre 50 et 250 ans ont été choisis pour représenter la période du bris de peuplement. Des transects établis dans chaque site ont permis de mesurer les caractéristiques des trouées et de prendre des données sur les arbres morts et la régénération dans les trouées. Les proportions de forêt en trouée augmentent de 18 à 77% proportionnellement avec l’âge des peuplements. Les plus petites trouées mesurées (moyenne de 12 m²) se retrouvent davantage dans les jeunes peuplements (50-80 ans) et les plus grandes (moyenne de 33 m²), dans les peuplements surmatures (110-140 ans). Cependant, les trouées n’ont pu être délimitées dans les peuplements plus vieux que 140 ans. La faible densité de ces forêts et leur structure inéquienne font en sorte que les trouées sont interconnectées. Ainsi, la transmission lumineuse dans les trouées augmente en fonction de l’âge du peuplement plutôt qu’en fonction de l’aire des trouées.

Les trouées compte en moyenne 4 à 5 arbres morts avec 87% des trouées ayant plus d’un arbre mort. Ces arbres créateurs de trouée sont souvent cassés (69%), sans orientation dominante pour les troncs au sol. L’année de mortalité des échantillons datés varie de 1951 à 2004, mais 75% des individus sont morts entre 1980 et 1999. Le vent aurait un impact faible sur la mortalité, alors que la présence de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) a pu se faire ressentir lors de la dernière épidémie. Malgré l’ouverture des peuplements, la présence de sphaignes et d’éricacées, les trouées ont une densité de régénération moyenne assez élevée (1,7 tiges/m²). Par contre, la régénération est en majorité (89%) de taille inférieure à 105 cm et dominée à 95% par des marcottes d’épinettes noires. Peu de gaules (15%) ont montré une reprise de croissance significative dans les trouées.

La régénération dans les trouées est abondante mais sa croissance est limitée en raison des sols organiques froids et humides de la ceinture d’argile. Afin de favoriser des conditions propices à la croissance et à la germination, les coupes partielles devraient être effectuées seulement sur les sites productifs et non paludifiés alors qu’une technique qui perturbe davantage le sol devrait être privilégiée pour les sites improductifs © 2008 UQAM tous droits réservés.