Résumé - CAFD


Effet de lisière sur les lichens épiphytes en forêts aménagées en pessière noire à mousses, Abitibi (Québec).

Héloise Rheault.

Les appréhensions récentes quant aux effets de la fragmentation des habitats sur la diversité biologique des écosystèmes forestiers ont, ces dernières années, grandement stimulé la recherche sur l’état et la distribution des populations végétales et animales. Les lichens épiphytes sont parmi les groupes qui ont reçu une attention particulière en forêt boréale. Les études réalisées dans ce contexte révèlent que les lichens épiphytes de type fruticuleux pendants sont affectés par l’accroissement du nombre d’habitats de lisières au fur et à mesure que les massifs forestiers sont morcelés. À cet égard, ils se sont avérés être de bons indicateurs de l’étendue spatiale des effets de lisière. La présente étude a pour but de mesurer la réponse spatio-temporelle de trois groupes de lichens épiphytes (Bryoria spp., Usnea spp. et Evernia mesomorpha) aux effets de lisière en forêt aménagée dans le domaine de la pessière noire à mousses en Abitibi. Quinze transects d’une longueur de 105 mètres s’étendant de la bordure de parterres de coupe à l’intérieur de forêts matures ont été échantillonnés pour évaluer la profon-deur et la persistance des effets de lisière sur ces trois groupes. La profondeur de l’effet de lisière a été estimée par des comparaisons dans l’abondance des lichens à différentes distances de la bordure (5, 25, 50 et 100 m). Les réponses suite à une ex-position à court terme (1-3 ans) ou à long terme (8 et 16-23 ans) sont comparées. De plus, l’abondance des trois groupes de lichens épiphytes a été comparée dans vingt-sept fragments forestiers résiduels (de moins d’un hectare à plus de 4 ha), isolés dans les parterres de coupe, pour évaluer dans quelle mesure leur taille influence leur qua-lité d’habitats pour le maintien des lichens épiphytes. La biomasse des lichens dimi-nue jusqu’à une distance d’au moins 50 mètres de la bordure. Usnea spp. et Evernia mesomorpha répondent de façon plus marquée avec près de 50 % de perte de bio-masse en bordure comparativement aux valeurs mesurées à l’intérieur de la forêt. L’étendue de ces changements de la bordure à l’intérieur de la forêt ne semblent pas variée dans le temps alors que les lichens épiphytes réagissent négativement dès les premières années d’exposition. Bien que l’effet ne soit pas significatif, les lichens semblent affectés par la taille des habitats résiduels alors que la biomasse moyenne d’Usnea spp. chute de 50 % dans les fragments plus petits que 0,5 ha. Les résultats suggèrent que la structure spatiale des habitats résiduels dans les paysages forestiers aménagés peut fortement influencer la persistance des lichens épiphytes. Le maintien à long terme des populations de lichens épiphytes en forêts aménagées repose par conséquent sur une diminution de l’importance des habitats résiduels linéaires au pro-fit d’une organisation spatiale des habitats résiduels qui minimise à la fois les effets de bordures et leur isolement dans les aires de récolte. © 2003 UQAM tous droits réservés.