À mesure que les perturbations et la demande évaporative s'intensifient en forêt boréale, il est important de comprendre la manière dont nos conifère boréaux régulent leur état hydrique pour être en mesure de modéliser la transpiration ainsi que l’atteinte des seuils physiologiques pouvant mener à la mortalité. Bien que déjà connus et documentés, les seuils de résistance à la sécheresse restent dans le domaine théorique, sans réel possibilité d’application. La modélisation des traits écophysiologiques est donc une issue permettant d’anticiper les niveaux de risque de mortalité présents et futurs. Dans un premier temps, des méthodes de phénotypage ont été appliquées pour déterminer dans quelle mesure le potentiel hydrique (Ψ_w) et le déficit relatif en eau (RWD) se rapprochent de seuils critiques : fermeture des stomates (g_s50 and g_s90), perte de turgescence (Ψ_(w_TLP )), seuil de capacitance 〖(∆Ψ〗_CT) et risque d'embolie du xylème (P12 et P50). Ensuite, le modèle SurEau — un outil mécaniste simulant la transpiration des arbres — a été utilisé pour simuler l’état hydrique chez le sapin et l’épinette. Ces simulations tiennent compte d’une multitude de paramètres physiologiques spécifiques aux espèces (conductance stomatique, conductivité hydraulique du xylème, capacitance), mais aussi des conditions environnementales (température, humidité relative, radiation, vent, etc.), édaphiques et du couvert forestier (type de peuplement, volume, indice de surface foliaire). Bien que simulant assez bien la transpiration des conifères boréaux, des ajustements sont nécessaire au modèle pour tenir compte de certaine particularité anatomiques et physiologiques des conifères. Des perspectives pour la gestion des perturbations sont présentées, ainsi que les défis liés aux limites du modèle.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là! Riche d’une base de données géolocalisée de plus de 50 000 points de caractérisation de cours d’eau de tête, de milieux humides, de milieux riverains, de chemins et de ponceaux, plusieurs autres composantes hydrographiques sont maintenant cartographiables. Je vous présenterai donc des cartes de la limite du littoral, des milieux riverains, des milieux humides inondables et non inondables, de même que de grandes bonifications des lits d’écoulements potentiels et des indices d’humidité topographiques.
Biographie : Annie Deslauriers est professeure au Département des sciences fondamentales de l'Université du Québec à Chicoutimi depuis 2008. Ses recherches portent sur la physiologie et l'écophysiologie des arbres, en particulier sur la compréhension des processus de croissance et en milieu boréal et tempéré. L’objectif principal de ses recherches est de comprendre l’allocation du carbone et le fonctionnement de la croissance intra-annuelle chez les conifères et feuillus des milieux boréaux et tempérés. Pour ce faire, elle étudie la phénologie des bourgeons, la croissance radiale et la dynamique des sucres et de l’amidon dans la plante tout au long de la saison de croissance. Ses travaux comportent aussi l’étude des stress environnementaux, tels que les déficits hydriques et la défoliation. Dans un contexte de changement climatique, il est très pertinent de comprendre l’effet des stress sur la physiologie, la croissance et la survie des arbres. L’un de ses défis est aussi de comprendre les priorités d’allocation du carbone dans l’arbre et comment celles-ci sont modifiées lors de périodes de stress. Les différentes méthodologies utilisées dans le cadre de ses recherches se situent dans les domaines de l’anatomie, de la physiologie, de la biochimie et sont toutes à la fine pointe de la technologie. Les relations hydriques sont étudiées et quantifiées à partir de données acquises en continue – comportant par exemple le flux hydrique et le mouvement de contraction et d’expansion journalier du tronc de l’arbre – ou à partir de mesures ponctuelles – incluant par exemple le potentiel hydrique, la conductivité hydraulique et le contenu en eau dans les tissus. Des dosages des composés carbonés (glucides, amidon, composés carbonés secondaire) sont effectués afin de comprendre l’allocation du carbone à la croissance et aux autres fonctions des arbres. Avec ces variables, la chercheuse utilise des modèles fonctionnels qui prévoit l’utilisation des ressources en eau et en carbone pour prédire la phénologie, la croissance et la mortalité.