Le partage du territoire et des ressources est un enjeu central des relations entre les Peuples Autochtones et allochtones. Au Canada comme en Norvège, la colonisation et l’exploitation des ressources ont conduit à la dépossession territoriale des Peuples Autochtones. Cette colonisation se poursuit aujourd’hui avec l’intensification des projets de développement et d’extraction, souvent sans consultation appropriée ni prise en compte des connaissances, des préoccupations et des intérêts des Peuples Autochtones. Parallèlement, les dernières décennies ont été marquées par l’augmentation des revendications et des mobilisations autochtones, remettant en cause les monopoles des États sur les territoires et les ressources. Depuis les années 1970, les relations renouvelées entre l’État et les Autochtones ont conduit à l'émergence d’espaces de gestion collaborative du territoire et des ressources. Ces espaces permettent notamment aux Peuples Autochtones de retrouver un pouvoir de participation dans la gestion de leurs territoires ancestraux.
Ce mémoire examine les cas uniques du Gouvernement régional d’Eeyou Istchee Baie-James (GREIBJ) et du Finnmark Estate (FeFo), deux institutions de gouvernance conjointe régionale qui gèrent respectivement les régions d’Eeyou Istchee Baie-James (nord du Québec, Canada) et du Finnmark (comté le plus septentrional de la Norvège). En se basant sur leurs contextes et leurs caractéristiques similaires, ce mémoire explore plus particulièrement l’expérience du GREIBJ et du FeFo en matière de gestion du territoire et des ressources, en mettant l’accent sur les relations entre les acteurs et sur l’influence autochtone dans la prise de décisions. Il est aussi question de déterminer si les deux cas peuvent tirer des enseignements l’un de l’autre et s’ils peuvent servir de modèles pour d’autres contextes similaires.
Des résultats mitigés concernant la gestion partagée du territoire et des ressources ressortent de cette recherche. D’une part, les tables locales chargées de la gestion du territoire et des ressources, gérées par le GREIBJ, sont devenues des forums importants pour rassembler les parties prenantes régionales et les utilisateurs du territoire, ainsi que faire valoir les préoccupations et les intérêts des participants autochtones. D’autre part, le comité ayant la responsabilité principale de la planification territoriale est resté relativement inactif et n’a pas été en mesure, jusqu’à présent, de remplir son mandat. Pour le FeFo, le manque de données sur le fonctionnement de l’institution, sa tendance naturelle à privilégier le développement plutôt que la protection du territoire et l’influence limitée des intérêts « traditionnels » des Sámi, ont participé à créer des tensions avec d’autres acteurs institutionnels Sámi.
Enfin, ce mémoire pose les bases pour davantage de travaux empiriques sur le GREIBJ et le FeFo. Des concepts peu mobilisés dans la littérature sont utilisés dans ce mémoire pour définir, expliquer et analyser les nouvelles configurations de gouvernance partagée du territoire entre Autochtones et allochtones. Ces concepts permettent de mieux saisir les particularités de ces institutions émergentes qui favorisent l’agentivité des Peuples Autochtones et qui bouleversent les paysages politiques du Canada et de la Norvège.