La diversité génétique du peuplier faux-tremble (Populus tremuloides Michx.) est souvent sous-estimée lorsqu’elle est évaluée à partir de critères morphologiques ou phénologiques, comme le débourrement printanier. De plus, la présence de génotypes multiples après des perturbations ne résulte pas nécessairement de la reproduction sexuée, mais peut être expliquée par une régénération rapide et massive de drageons d’origine végétative issus de différentes sections du réseau racinaire. L’hypothèse centrale de cette étude était que le système racinaire du peuplier faux-tremble agit comme une réserve de génotypes, permettant la conservation des génotypes au fil des générations, même en l’absence de reproduction sexuée. Pour tester cette hypothèse, trois peuplements naturels de peupliers matures ont été sélectionnés et coupés afin d’en stimuler le drageonnement. Des échantillons de tissus (jeunes branches et écorce) ont été prélevés sur chaque arbre coupé et sur tous les drageons produits l’année suivante pour une analyse génétique par séquençage à haut débit. Les systèmes racinaires ont été excavés à l’aide d’un jet d’eau à haute pression afin de vérifier l’origine des drageons sur les racines parentales. Les résultats ont révélé une fréquence élevée de greffes racinaires dans les trois sites étudiés: 22, 6 et 6 greffes respectivement. Des racines vivantes issues de souches mortes ont aussi été observées dans tous les sites (6, 4 et 4 par site). L’analyse de 421 individus, basée sur 49 000 SNPs (polymorphismes de nucléotides simples), a permis d’identifier 32 clones distincts. Parmi ces clones, 17 ont été identifiés chez les arbres matures avant la perturbation, et 15 uniquement chez drageons régénérés après la perturbation. Une forte proportion d’individus apparentés a été détectée (21 % avec un coefficient de parenté φ ≥ 0,1), et 16 520 paires présentaient un φ ≥ 0,45, suggérant une origine clonale. Trois clones absents de la canopée ont été retrouvés dans des drageons issus de racines vivantes provenant de souches d’arbres morts; ces racines d’arbres morts étaient greffées à des arbres voisins vivants de génotypes différents. Sept autres clones nouvellement détectés dans la population de drageons étaient chacun représentés par un seul ramet. Les résultats de cette étude indiquent que les connexions fonctionnelles entre arbres vivants et anciens réseaux racinaires permettent de conserver des génotypes dans le sol, favorisant ainsi la survie de clones anciens et leur réapparition dans la canopée après perturbation. Ainsi, malgré une régénération strictement végétative, une diversité génétique significative est maintenue et peut même s’accroître localement, grâce à la coexistence de multiples clones et à l’émergence de nouveaux ramets isolés.