La création d’aires protégées a historiquement engendré diverses pertes et violences à l’encontre des communautés autochtones au Canada alors qu’elles devraient faire partie intégrante des processus décisionnels. Compte tenu de la vision holistique que les Autochtones ont du territoire, des outils doivent être développés pour transmettre aux autres parties prenantes les valeurs territoriales qui leur sont propres. La combinaison de méthodes basées sur les arts aux méthodes scientifiques conventionnelles telles que la cartographie participative représente une avenue intéressante dans ce contexte puisqu’elle a le potentiel d’améliorer les processus de travail collaboratif. Cet arrimage permet d’exprimer plus efficacement les valeurs tangibles et intangibles associées au territoire. Dans le cadre du projet d’aire protégée du bassin versant de la rivière Broadback (Eeyou Istchee), nous avons documenté les valeurs tangibles (eau, faune, flore) et intangibles (mémoire, identité, liens sociaux) de la Nation Crie. En organisant des cercles de partage et des ateliers de cartographie participative avec des méthodes basées sur les arts dans les communautés de Waskaganish, Nemaska, et Waswanipi, nous avons constaté une forte interconnexion entre les deux types de valeurs. Ainsi, ignorer les valeurs intangibles risque d’entraîner une perte de sens des valeurs tangibles. Cette étude montre que la culture est un pilier essentiel de la conservation et fait des recommandations quant aux sites culturels-clés à protéger en priorité, aux pratiques de conservation culturellement sécuritaires, à l’utilisation des méthodes basées sur les arts, ainsi qu’au travail collaboratif en contexte autochtone.